6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 21:43

eucharistie.jpgJe n’ai pas fait une nuit correcte depuis au moins deux semaines (faites des gosses), je viens d’enterrer mon grand-père, et toute ma petite famille accuse le changement de rythme de la rentrée, avec son lot de tensions. Mais ce dimanche m’a fait du bien et j’avais envie d’en dire quelques mots. Ce qui m’a fait du bien, comme souvent le dimanche, c’est la messe. Ce n’est malheureusement pas toujours comme ça, mais nous avons vécu une très belle messe, très vivante, très fervente. De ces messes qui vous font rentrer chez vous avec la banane, après avoir trainé dans l’Eglise à papoter avec les amis que l’on retrouve arès les vacances, dont le Père G., le célébrant, avec qui nous nous entendons particulièrement bien. Tout est un peu comme si on n’avait pas envie que ça se termine.


Mon ainé, 5 ans et demi, s’est particulièrement bien tenu pendant cette célébration. Il a participé comme il pouvait, en chantant à tue-tête ces chants magnifiques, de ceux qui vous emportent tout entier, corps et âme, dans la prière. On le sent, avec le corps qui bouge au rythme de la musique, les yeux qui s’élèvent vers le ciel, les mains qui ne peuvent s’empêcher de s’unir à la louange. Et quand on entend son petit garçon, juste à côté, qui y ajoute tout ce qu’il a dans le cœur, la joie est au complet. Comme parfois, les larmes me sont montées aux yeux au moment où le célébrant rompt le corps de Jésus pendant que nous chantons l’agnus dei : il m’arrive ainsi de sentir tellement fort la présence du Christ dans cette eucharistie, que la passion devient d’une réalité déchirante, quand il s’offre à nous dans ce pain, puis est rompu à la manière dont son corps a pu être torturé au moment de sa passion, tout cela pour nous sauver. Ensuite le prêtre élève le corps et le sang en disant « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », et j’entends alors Jean le baptiste désigner le Fils de Dieu pour nous inviter à le suivre. C’est en me sentant tout petit minuscule que je demande, à la manière du centurion romain, au Seigneur de me guérir par sa parole, et à partir de là tout n’est plus que communion à Dieu.


Avant cela, j’ai particulièrement apprécié d’entendre notre prêtre bien aimé profiter de son homélie pour faire quelques petits rappels de la liturgie et de son sens. Que faisons-nous et pourquoi ? Nous avions abordé cette question l’année dernière, dans une ambiance comme on les aimerait un peu plus fréquentes, ambiance feutrée à la maison, après un bon petit repas, et autour d'un petit verre de bon vin. Nous nous interrogions sur le comment redonner plus de vérité aux célébrations, comment inspirer plus de respect et de participation vivante à cette liturgie que l’on reçoit de Dieu par la Tradition et qu’on voit parfois transformée par des innovations si peu orthodoxes. Il était donc venu diner à la maison comme de temps et temps, et je me souviens avoir suggéré vers la fin de la bouteille, qu'il pourrait peut-êre glisser un petit mot sur un point précis de la liturgie, aborder un point différent à chaque célébration, et de fil en aiguille… Je faisais alors remarquer que, converti tardivement, qu’au cours de mes trois années de catécuménat, j’avais été enseigné sur la prière, le Notre Père en particulier, sur la parole de Dieu aussi bien sur. Mais pour ce qui est de la liturgie – et je pense que c’est le cas pour beaucoup de monde – j’avais appris sur le tas en regardant les autres faire. Imaginez maintenant ça sur plusieurs générations, et vous aurez bien du mal à éviter que le sens de la liturgie et l’importance de certains mots, chants ou gestes, ne soient plus compris, voire oubliés. Imaginez ma satisfaction en l’entendant démarrer son homélie pour rappeler simplement le nombre de fois où l’on se lève et l’on s’asseoit pendant la messe, et pourquoi.


Voilà principalement pourquoi ce Jour du Seigneur m’a fait du bien. Et cela n’avait rien d’une illusion : toute la journée, ma femme, mon ainé et moi-même n’avons cessé de fredonner le gloire à Dieu chanté pendant la messe. Voilà aussi pourquoi j’ai eu envie d’en dire quelques mots, quelques mots de cette Vie de Dieu dans laquelle on entre pour commencer la semaine. Puis c’est simplement que nous nous sommes occupé, le reste de la journée, des choses à faire dans la maison,des jeux des enfants, ma femme de son travail, et tous ensemble de la petite promenade de fin de journée. Oui, je sais, tu lis et tu te dis : comment ! sa femme travaille le dimanche ! Oui, ma femme est prof, et le dimanche, ben il lui arrive de travailler. Pas pour vendre, pas pour gagner de l’argent, mais parce que son métier de prof, c’est sa vocation, qu’elle le fait par amour de Dieu et de ces ingrats d’adolescents à qui elle se consacre. Et de même qu’elle ne cesse pas d’être épouse ou mère le dimanche, sa manière de servir Dieu, c’est aussi d'être une bonne prof.


Et puis mince, le dimanche, c’est Dies Domini, ce n’est pas le Shabbat ! On en parle un peu, tu veux ? Bon d’accord. OK, tu m'as vu venir, mais j'ai envie d'en parler un peu parce que j’ai mis quelques années à comprendre comment on était passé du Shabbat au jour du Seigneur, que cette question m'a pas mal torturé l'esprit (gentiment) et même si la lettre apostolique de Jean-Paul II, Dies Domini, m’a un peu éclairé en son temps, sauf son respect, elle ne m’avait toujours pas complètement dénoué la question. J'ai eu la chance par la suite de creuser encore le problème, et de faire finalement un grand pas assez récent, grâce au livre extra de J.F. Froger, le Maitre du Shabbat. Bon, je vais peut-être redire quelques banalités, mais on démarre la semaine avec le dimanche (pas le lundi). Le Shabbat lui, termine la semaine. On dit couramment que c’est le 7ème jour (donc le samedi) mais c’est une erreur, en fait. Le Shabbat est un non-jour. Si tu regardes bien la Création, Dieu créé pendant six jours. Il créé l’Homme ! rien que ça. Et après, il se repose. Non pas qu’il soit fatigué… eh, oh, c’est Dieu quand même ! Mais la création est achevée, le rythme quasi instrumental – sinusoïdal – des six jours prend fin. Après l’homme, il n’y a plus de soir, plus de matin. Mais l‘homme chute - galère - et la mort entre dans le monde. Il plait à Dieu de recréer littéralement l’Homme, et c’est le long pèlerinage de l’humanité qui commence sur la terre jusqu’à la Paque du Seigneur. C’est d’ailleurs pourquoi au soir du jeudi saint, quand commence la passion, on relit le premier chapitre de la Genèse. On voit là que le Seigneur s’apprête à re-créer l’Homme, lui donner une Vie nouvelle, sa Vie !


Alors oui, le samedi (à partir du vendredi soir d'ailleurs), après avoir mis Jésus au tombeau, les apôtres ont célébré le Shabbat (m'est avis que ça ne devait pas être très gai quand même). C’était très certainement leur dernier Shabbat. Car si le Shabbat est le non-jour qui marque l’achèvement de la création et nous fait vivre de la Vie même de Dieu, la résurrection grave ce Shabbat dans l'éternité. Il faut essayer de mesurer ce que cela peut signifier à l'échelle de la vie d'un homme. Le Shabbat, c'est ce qui rythme la vie du juif fidèle à Dieu, c'est la fête la plus importante, un rituel des plus sacrés. Changer de rituel, comme changer de vie, ne peut se faire, à coup sur, sans un secours extraordinaire de la grâce.

 

Chacun de nous, aujourd’hui, quand nous recevons le baptême dans la mort et la résurrection du Christ, nous entrons dans le dernier Shabbat de notre vie. Le baptême chrétien, c’est un Shabbat à vie ! Et du coup, c'est très fort et ce qui fait qu'il y a une telle proximité entre juifs et chrétiens : la célébration du Shabbat juif est comme une préfiguration du baptême chrétien. Dans le temps du Shabbat, le juif vit une vie véritablement sacramentelle, pour laquelle il s'abstient rituellement d'instrumentaliser son corps, pour signifier qu'il participe à la Vie du Seigneur. C'est ce dans quoi nous entrons définitivement par le baptême. Je me souviens avoir eu cette discussion avec un pasteur baptiste du septième jour qui, comme son nom l’indique, croit que le jour du Seigneur est le samedi, confond le Shabbat et le jour du Seigneur, et considère que l’Eglise s’est fourvoyé en instituant le dimanche comme jour pour « rompre le pain ». J’avais d’ailleurs été très maladroit – qu’il me pardonne – en exposant tout cela et en disant que finalement pour un chrétien, fêter le Shabbat c’était comme renier son baptême, une sorte d’apostasie. Oui d’accord, ce n’est pas très diplomate de dire ça à un chrétien qui fait ça tous les dimanches samedis.


Bon bref, j’ai bien dévié de mon petit dimanche à la maison. Mais bon voilà, tout ce que j’espère c’est arriver à faire saisir à toi lecteur la raison pour laquelle j’ai mis une majuscule à Vie dans mon titre. Ce dimanche à la messe, puis à la maison, aura été une tranche de Vie, une tranche de la Vie même de Dieu. Et il m'a semblé que ça valait le coup d'en dire un petit mot !

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Pneumatis - dans Eglise
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Henry le Barde 17/09/2010



Je découvre votre blog au gré de mes pérégrinations au sein de la cathosphère... et le vôtre me séduit par l'humanité qui s'en dégage, moi et mon parcours lisse de père de famille sans souci
notable et de catholique "depuis toujours".


Je favorite... et repasserai !



Pneumatis 18/09/2010



Merci ! Que voilà un commentaire qui fait plaisir ! Au plaisir de vous recroiser par ici.



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