Dans l’évangile de samedi nous avons pu écouter la parabole bien connue des talents. Très commentée, mais parfois aussi critiquée pour son
contenu aux abords un peu rude, cette parabole est une excellente leçon sur notre responsabilité de disciples du Christ. Critiquée, parce que dans cette parabole, un serviteur qui a reçu moins
que les autres se voit enlevé même ce qu’il a. On trouve alors le maitre d’abord injuste, et ensuite intransigeant… une image de Dieu qu’on aimerait bien oublier aussi vite qu’elle nous est
apparue. Moi cette parabole me fascine, parce qu’elle me répète cette chose que je ne cesse de décortiquer : je dois transmettre la parole de Dieu.
D’abord, si tu ne le sais pas encore, la notion de talent est d’abord une unité monétaire d’une très grande valeur. La valeur d’un talent correspondait à entre 4500 et 6000 journées de salaire, soit entre 15 et 20 ans de salaire d’un ouvrier ou d’un soldat. Aujourd’hui, cela correspondrait sans aucun doute à plus de 300 milles euros. Un bon petit pécule ! C’est plus tard que le terme a commencé de désigner un « don » particulier, pour les artistes par exemple, quand on dit qu’ils ont du talent. Et comme chacun sait, pour un artiste qui a vraiment du talent (pour se vendre, surtout), 300 milles euros c’est à portée de bourse.
Bref, la notion de don est importante ici surtout pour ce qu’on est censé en faire. Bien sûr, le maitre donne à chacun selon ses capacités… Il y a une justice, quand même ! Parce que ce don a un petit côté piégé, apparemment : si tu l’enterres comme ça sans rien en faire, bonjour les pleurs et les grincements de dents.
Alors de quoi s’agit-il ? De charismes ? De grâces ? De vocations ? Le premier en reçoit 5 et le second en reçoit 2. N’est pas Origène qui veut, mais quand même, quand tu entends ça, ça doit te faire tilt : comme pour la multiplication des pains, 5+2 c’est une figure de la parole de Dieu. Cinq livres de la Torah d’un côté, Les prophètes et autres écrits de l’autre. Le maitre sème en nous sa parole. Revois encore la parabole du semeur, celle-là même que Jésus explique à ses disciples : ce qu’il sème, c’est la parole du Royaume. Et s’il est dur, c’est avec ceux qui ont des yeux mais ne voient pas, des oreilles mais n’entendent pas. J’ajouterai, pour faire le lien avec la parabole des talents : ceux qui ont une bouche et n’annoncent pas.
Car une chose est claire dans cette parabole des talents : le maitre récolte là où il n’a pas semé. Il sème la parole du Royaume en toi, mais va récolter ses fruits chez ton voisin. Malheur à toi si tu n’as pas fait fructifier cette parole, si tu l’as gardée pour toi, enterrée, mise sous le boisseau. Tu n’as reçu qu’un talent, mais c’est déjà le trésor d'une vie : c’est la parole du Royaume ! Le salut, la vie éternelle, rien de moins ! De cette parole, ô cher disciple du Christ, tu te dois de lui faire faire des petits, de semer à ton tour, d’obtenir qu’elle devienne richesse au-delà de toi. En un mot, tu dois « évangéliser ».
Pourquoi le mauvais serviteur ne fait-il pas fructifier le talent qu’il a reçu ? Il le dit lui-même : parce qu’il a eu peur. Voilà pourquoi l’Eglise nous répète encore et encore : « n’ayez pas peur ! ». Nous savons justement que le maitre récolte là où il n’a pas semé. C’est ainsi que sa parole lui revient, non sans avoir accompli sa mission et fécondé la terre (Isaïe 55, 10-11). Elle lui revient par un autre que toi à qui il a confié ce trésor. Ainsi nous sommes unis, solidaires. La parole n’est pas pour moi, ou pour toi… elle est pour tous.
D’autres avant toi ont reçu la parole de Moïse, ou la parole des prophètes… peut-être n’as-tu reçu, toi, qu’une seule chose : le Christ. Ne l’enterre pas, ce trésor ne t’appartient pas. Il t’est confié pour préparer l’humanité au retour du Christ. Que tu sois de la génération Jean-Paul II ou de la génération Benoit XVI, tu es avant tout, comme moi, de cette génération de la nouvelle évangélisation. En 1975, Evangelii Nuntiandi donnait le top départ officiel… il y a 36 ans. C’est ma génération et, à peu de choses près, la tienne sans doute. Notre monde dit « civilisé », anciennement chrétien, a reçu la parole, mais ne l’entend plus, ne vois plus le Seigneur à l’œuvre. Il se gargarise d'idées « reçues » sur la foi. Il nous faut déterrer ce trésor, en tirer du vieux et du neuf. Le vieux étant évidemment la Tradition instituée par le Seigneur, dite en vérité. Quant au neuf : c’est toi et c’est moi, qui l’avons reçu et qui sommes chargé de la faire fructifier.





Corine 29/08/2011
Vieil imbécile 29/08/2011