3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 22:00

les_profs.jpgHier, j’avais pris une journée de congé pour pouvoir conduire mon fils à l’école pour sa pré-rentrée : le grand saut, il rentre au CP. De son côté mon épouse, dévouée professeur de l’éducation nationale, allait retrouver ses collègues, prendre connaissance de son nouvel emploi du temps et de ses futures classes. C’est tout un départ. Un départ en fanfare.

Avec mon fils nous sommes rentrés ravis de l’école, impatients de démarrer en vrai, enthousiastes. Mon fils va retrouver ses meilleurs copains, et connaissait déjà cette maitresse qu’il a fréquentée dans l’établissement pendant sa maternelle. Quant à nous, parents, de quoi pourrions-nous nous plaindre ? Cette école, c’est nous qui l’avons choisie, certes moyennant une cotisation et quelques kilomètres en plus de notre domicile. Mais nous en connaissons les méthodes et nous en connaissons l’esprit. D’ailleurs, nous connaissions aussi un peu sa nouvelle maitresse par avance… Pas personnellement, et je crois bien que nous ne nous étions sans doute jamais parlé avant hier, mais il se trouve que nous nous croisons le dimanche à l’église.

De son côté ma chère et tendre est revenue ravie d’avoir retrouvé ses collègues, mais alourdie d’un lot attendu de nouvelles « déceptions » : absorption de classes de SEGPA dans un « collège unique » qui condamnera clairement la scolarité de ces élèves en difficulté, auxiliaires de vie scolaire manquants, postes mal distribués, … et effets d’annonce en cascade. Et là, je ne te parle même pas de ceux des professeurs qui, ailleurs, se demandent encore comment ils vont pouvoir suivre leur programme sans renier leur conscience (cf. la fameuse polémique sur la théorie du gender au lycée) ou leur bon sens (comme avec la suppression de plus en plus actée de la chronologie dans les programmes d’histoire).

Ça commence avec la rentrée, et tu en entendras parler tout au long de cette campagne présidentielle d’ailleurs : des suppressions de postes, du statut des enseignants de l’éducation nationale, ou encore des ravages du collège unique dont on voulait qu’il soit un creuset d’intégration et qui se retrouve être la voie royale de l’exclusion sociale pour tous ceux qui ne rentrent pas d’emblée dans le moule. Le bordel monopolistique qu’est l’éducation nationale n’en finit pas de se décomposer malgré le recours massif à la méthode Coué des ministres successifs.

Je te le dis tout net, je préfère fuir ces polémiques stériles, plutôt que les alimenter, elles et leurs lots de grèves organisées « pour le bien des élèves », durant lesquelles, d’ailleurs, ces « premiers concernés » que sont les élèves se retrouvent livrés à eux-mêmes, à zoner dans les rues, pendant que leurs profs jouent la partition de l’héroïsme citoyen, du gréviste responsable.

Au lieu de ça, je préfère te parler encore de cette école privée sous contrat dans laquelle est inscrit mon fils, parce que nous avons les moyens de lui payer, et qui lui épargnera ce genre de « bienveillance ». Ecole dans laquelle s’investissent des parents, des animateurs pastoraux, et des professeurs sans doute moins réceptifs aux rabattages syndicaux. Nous avons cette chance de pouvoir choisir, mais combien de familles n’en ont pas les moyens ?

Je peux te parler aussi de ceux de mes amis qui auront choisi une petite école hors contrat, pour privilégier une pédagogie (Steiner, auteur de qui je me désolidarise immédiatement à titre personnel, du fait de son penchant new age, mais là n'est pas le propos) qui leur semble réellement adaptée à l’éducation telle qu’ils la conçoivent… au prix de gros sacrifices financiers. Peu d’élèves, des classes en pleine nature, de l’apprentissage par le jeu, un emploi du temps adapté aux enfants et aux parents. Mais combien ne peuvent pas se permettre les sacrifices financiers que cela suppose ?

Je te toucherais bien un mot encore - une louange même - de cette petite école Jean-Paul II, hors contrat elle aussi, avec sa chapelle de l’adoration du Saint Sacrement, dans la petite ville de Maisdon sur Sèvre où un couple incroyable, celui-là même qui nous a préparé au mariage mon épouse et moi, s’est lancé dans l’aventure il y a plusieurs années : ils ont transformé leur grande et vieille maison en école, investissant dans la pédagogie Montessori, et ouvrant une classe Xtraordinaire pour les enfants handicapés. Voilà des enfants qui ne viendront pas grossir les rangs de ceux que l’éducation nationale échoue encore à scolariser : d'après une enquête pour l'éducation nationale, ils étaient au moins 5000 en 2006 à devoir être scolarisés et ne pouvoir l’être faute d’auxiliaire de vie scolaire. Et le ministère continue en 2011 de se gargariser de ses économies budgétaires sur le nombre de postes. Combien de parents devront encore faire un procès à l’état cette année pour défaut de scolarisation de leur enfant handicapé ?

Je pense aussi à ces quelques 7000 enfants et adolescents qu’accompagnent les bénévoles du Secours Catholique ; ces enfants qui n’ont pas nécessairement le profil pour être dans une SEGPA, où pour qui il n’y a pas de place ; ces enfants qui traversent parfois une situation familiale un peu difficile, ou une situation de précarité sociale, et qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, pourraient basculer dans l’échec scolaire, se chargeant d’un très lourd fardeau pour l’avenir. Combien d’enfants encore pour qui un simple accompagnement particulier, un ou deux heures par semaines, pourrait leur redonner l’« égalité des chances » promise ?

Je pense enfin à ces professeurs qui, où qu’ils soient, se mettent au service des élèves avec amour et zèle, ne comptant pas leurs heures, les repas, les soirées et leur temps en famille qu’ils sacrifient pour du soutien, pour rencontrer des parents et essayer d’aider au mieux. J'ai la fierté de pouvoir compter mon épouse parmi eux. Mais combien encore de professeurs « démissionnaires » ou jamais formés au long de leur carrière qui continuent de faire perdre de précieuses années de scolarité à leurs élèves à cause de méthodes inadaptées ou de motivation perdue ?

Voilà, en pensant à toutes ces bonnes volontés et à tous ceux qui devraient prendre exemple dessus, et à la suite de notre Saint Père Benoit XVI, je prie pour eux tous en cette rentrée. Quant à nos politiques, mes prières les concernent également, mais ils auront aussi à faire avec mon vote l’année prochaine. Et crois-moi, il ne l’aura pas celui qui n’a pas le bon sens de proposer dans son programme la mise en place d’un chèque scolaire ou d’un pass éducation incluant la scolarisation. Car la liberté d’éducation ce n’est pas un petit principe, et ce n’est pas pour rien qu’il est inscrit dans la déclaration des droits de l’homme : il a tout pour rendre aux familles et aux dévoués acteurs de l’éducation l’espoir de pouvoir répondre un jour à la diversité des besoins éducatifs des enfants, sous la responsabilité de leurs familles. En attendant, je continue de me demander ce qu’attend le gouvernement d’un pays qui s’auto-désigne comme la patrie des droits de l’homme pour enfin prendre vraiment ses responsabilités.

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commentaires

Corine 04/09/2011



Touchée de lire votre billet qui parle aussi bien de mon métier de prof dans un petit collège catholique de l'Ouest, là où de nombreux parents avaient fait le choix de nos écoles et là où
nous sommes obligés de refuser leurs enfants, faute de places (pas moyen d'ouvrir de nouvelles classes faute d'heures). Là où le montant de notre scolarité est des plus faibles pour
pouvoir accueillir le plus possible d'élèves, là où la diversité sociale est vraie et possible, là où nous pensons que dans nos classes, en plus du savoir à transmettre, il faut être proche
des jeunes, passer du temps avec eux, avec leurs familles, accompagner encore les élèves en difficultés, donner envie à tous de construire un avenir dont ils seront les acteurs, être
bienveillants, éclairer leurs vies des paroles du Christ parce qu'elles sont des paroles d'amour. Dans un monde où il fait bon les répéter encore et encore.
Et bien, merci!!!!



do 04/09/2011



au delà de tout ça, il faudrait vraiment qu'on se mobilise pour obtenir la suppression des quotas à 20% pour les écoles privées.



Corine 04/09/2011



Plus que d'accord Do



Pneumatis 04/09/2011



Pour info : à ma connaissance, la mise en place du chèque scolaire est au programme de Christine Boutin, de François Bayrou et Marine le Pen. Il est à l'opposé des principes de la gauche dans son
ensemble, ainsi que de Dominique de Villepin (qui n'envisage l'éducation que dans esprit très étatiste). A ma connaissance, ce n'est pas dans les projets de l'UMP.



Future Instit' 09/09/2011



Beau texte, merci.


 


A propos de formation, je vous invite à passer sur mon blog tout neuf : j'y transmcris ce que me raconte ma douce de ses journées à l'Institut de formation des instit' Emmanuel Mounier.


 


C'est assez édifiant.



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