Pour nombre de personnes, la nouvelle année est l’occasion de bilans et
de grandes résolutions. Pas pour moi. Enfin je croyais. Je me suis trouvé plutôt indifférent à ce changement d’année civile qui ne signifie pas grand-chose pour moi, sinon une occasion de voir
des amis pour ce qui est, pour les autres, une occasion particulière. Bref, si tu me demandes, je te souhaiterai volontiers une bonne année, une bonne santé, et tout le tralala… comme je pourrai
volontiers le faire n’importe quel autre jour de l’année. Les résolutions, c’est pareil : je les prends quand elles viennent. Et les bilans, ma foi, c’est plutôt pendant les temps forts de
l’année liturgique, qui rythme beaucoup plus ma vie que l’année civile. Enfin, j’aime à le croire en tout cas.
Oui parce qu’en fait, là, je me suis un peu fait prendre par surprise. Après on dira que l’effet de masse c’est du flan, hein. Bref, voilà que moi aussi je me retrouve à faire un petit bilan, surtout parce que j’ai une fâcheuse tendance à la dispersion et que je n’en finis jamais de boire la tasse. Du moins j’ai l’impression.
Comme j'aime raconter ma vie et m'acheter une respectabilité à peu de frais (private joke, il se reconnaitra), je peux partager ça un peu avec toi. A ma vie de famille et mon boulot, s'ajoutent mes activités pour la paroisse, les responsabilités au sein de mon cher parti politique, que j’ai négligemment déserté et qu’il faudrait que j’assume un peu mieux (ou que j’assume au moins tout court), mon implication depuis quelques mois au sein du mouvement des chrétiens indignés, mon élection toute récente comme délégué du personnel pour quoi j’aimerais avoir un peu de temps de cerveau disponible, et bien sur le blog et tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin : radio, animations de forum et présence sur les réseaux sociaux… ça y est, y a un peu saturation. Enfin pas totalement, mais quand même, j’ai du tri et de la réorganisation à faire. D’autant que j’ai un autre important projet personnel, avec une amie, qui se concrétise en ce début d’année. Pour le timing, c'est une pure coïncidence de calendrier.
Alors voilà, je crois qu’il serait judicieux que Pneumatis disparaisse quelques temps de la toile. Ou se fasse un peu plus discret. L’expérience du jeûne d’internet pendant la première semaine de l’avent a pourtant été assez difficile pour moi (oui, je mesure l’absurdité de ce que je dis, tout à fait… et j’ai honte). Malgré tout, c’est aujourd’hui plus un besoin qu’un projet de mettre au placard un peu ma tenue de blogueur. Il y a le temps qu’on peut consacrer à chaque chose qui vient évidemment à manquer, mais il y a aussi le « temps de cerveau » et ce que ça dissimule finalement trop mal : le « temps de cœur » qu’on accorde à toutes ces choses. On fini par être tiède dans tout ce qu'on fait alors qu'on bout à l'intérieur.
Le hic, c’est qu’en y repensant, j’ai un besoin quasi vital d’écrire. Dans mon boulot – je développe des logiciels – je suis incapable de concevoir un algorithme ou une architecture de programme sans écrire des lignes de code. C’est une de mes grandes faiblesses professionnelles, qui j’espère est un peu compensée par mon aisance à visualiser les choses dès qu’elles sont écrites en code. Cela peut même arriver dans d’autres domaines, comme les simples relations personnelles, où parfois j’arrive mieux à exprimer ce que je veux dire par écrit. Pour l’intelligence de la foi, évidemment c’est pareil. Je suis incapable de penser rigoureusement les choses de la foi sans écrire. Et pire, j’ai peur qu’en arrêtant d’écrire j’arrête quasiment de lire, ou de questionner les écritures. Peut-être même de prier, à la fin. Ce qui serait tragique, évidemment : ce serait comme arrêter de manger. Si tu as lu mon précédent billet, j’ai reçu comme une colombe, par le baptême, et il faut que je lui donne des graines un peu tous les jours. Ça ne veut pas dire que j’ai besoin d’écrire tous les jours, mais j’ai besoin régulièrement de recharger le silo.
Heureusement, je ne vais pas m’arrêter d’écrire. C’est justement le « projet 2012 » que j’évoquais. Je vais écrire, mais d’une autre manière, plus longuement et moins publiquement. Au moins pour un temps. Et même si j’avais suffisamment de temps pour tout faire, comme je n’ai qu’un seul cerveau pour ça, je ne saurai sans doute pas me partager entre l’écriture sur le blog et ce projet là. Ma femme me répète sans arrêt que je ne sais pas faire deux choses en même temps, comme n’importe quel mec, paraît-il… Sur ce point au moins, je lui donne raison. J’ai besoin de concentration pour continuer à expérimenter quelque chose que j’ai à peine commencé à découvrir pendant l’année 2011 : la rigueur dans la durée. Ca veut dire me nourrir un peu moins sur le mode du fast-food (là c’est une métaphore, mais c’est vrai aussi au sens littéral, en fait).
Voilà. Pouce. Pause. Juste après un gros billet, ça me fait un peu drôle de te dire tout ça, un peu brutal même. Mais c’était déjà plus ou moins amorcé depuis un moment, par la force des choses. Pneumatis va se faire un peu plus discret. Il te dit qu’il t’embrasse quand même très fort, qu’il tient beaucoup à toi, et qu’il sera de toutes façons toujours un peu là, quelque part, à te cogiter un truc [Séquence émotion]. Et s’il revient la semaine prochaine parce qu’il a un truc urgent à dire, on ne sait jamais, ça ne changera rien à cette prise de distance nécessaire et globale avec le blog… cela relèvera juste de l’occasionnel ou de l’urgence. Pour l’heure – et c’est justement l’heure – Pneumatis s’en va dormir.
Oui : moi aussi je me fais peur quand je parle de moi à la troisième personne, mais ça participe un peu du processus de détachement, que veux-tu ! Allez... A+





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