C’était le thème de l’émission à laquelle j’étais invité ce
matin, sur Radio Notre Dame. Thème que je trouvais un poil polémique, mais qui ne m’embarrassait guère dans la mesure où se pose en creux d’un tel
sujet une réflexion légitime, et même nécessaire, sur l’articulation entre laïcité et évangélisation. Puis j’ai pris connaissance des autres invités, et la crainte de la polémique s’est un peu
emballée chez moi. Etaient invités l’humoriste et chroniqueuse Frigide Barjot, auteur de « confession d’une catho branchée » ; Daniel Hamiche président de
l’observatoire de la christianophobie et que je définirais un peu comme la tête de pont des cathos identitaires ; et Jean-Michel Quillardet,
président de l’observatoire international de la laïcité et ancien grand maître du Grand Orient de France. Ma première réaction, en prenant
connaissance de la liste de ces invités, ça a été : qu’est-ce que je suis allé faire dans ce panier de crabes ? Bref, je ne suis pas là pour te saouler avec mes états d’âme, mais pour
revenir un peu sur ce débat.
L’un des éléments les plus polémiques a été, et c’était attendu, que pour les uns les cathos étaient particulièrement « persécutés » en France (entends par là, boycotté dans les médias, chahutés dans la vie de tous les jours, régulièrement offensés par une culture explicitement anti-chrétienne, voire simplement agressés en raison de leur foi), tandis que pour l’autre d’en face, les catholiques n’étaient pas plus visés que ceux des autres religions. Un exemple illustre très bien ce point de désaccord. Nous n’en avons pas parlé à l’antenne, mais je sais que c’est quelque part dans les petits papiers de Daniel Hamiche : le fait que 85% des profanations de tombes ou de lieux de cultes visent des tombes ou lieux de cultes chrétiens. Si on s’arrête là, on donne tout de suite raison à Daniel Hamiche et son acolyte d’un jour qu’est Frigide Barjot : certes il n’y a pas de persécution sanglante des chrétiens en France, mais il y aurait bel et bien une forme de persécution touchant au culte chrétien. Soit.
Sauf que… Sauf qu’en France, environ 90% des tombes et lieux de cultes sont chrétiens. En somme, l’identification de la cible des profanations comme étant chrétienne, au strict plan statistique, n’est tout simplement pas pertinente. Pire, si on tient absolument à définir une corrélation statistique entre l’appartenance religieuse et la cible des profanations, on se rend compte que les tombes et lieux de cultes chrétiens sont statistiquement moins représentés dans les profanations que dans la globalité des tombes et lieux de cultes. C’est sans doute ce que n’aurait pas manqué de faire valoir Jean-Michel Quillardet si on lui avait sorti cet argument, si cher à Civitas par ailleurs ou encore à Christian Vanneste qui a cru bon de le faire valoir devant le gouvernement. La réalité, dans ce cas précis, c’est que toutes les profanations, comme les actes de vandalisme, sont condamnables. Point à la ligne. Tirer la couverture à soi pour essayer de se présenter comme une victime de premier plan, en particulier parce qu’on serait chrétien, me semble alors complètement inapproprié. Je l’ai dit, c’est non pertinent sur le plan statistique, et de là ça me semble en plus complètement déplacé sur le plan moral.
Attention, dans ce débat, il n’était pas question d’aborder, enfin surtout pas d’amalgamer avec la France, les persécutions des minorités chrétiennes dans certains pays comme le Pakistan, l’Irak, l’Indes, l’Egypte récemment… pour ne prendre que ceux-là. Daniel Hamiche a bien tenté de nous esquisser un moment un avenir similaire pour les chrétiens de France, et ce sera peut-être le cas un jour, mais une fois d’accord sur le fait qu’en France nous disposions de la liberté de culte et que les chrétiens n’étaient pas des citoyens de seconde zone, ce point fut clôturé.
Jean-Michel Quillardet n’a cessé de rappeler qu’il était pour la liberté d’expression, comme nous tous d’ailleurs. Mais aussi qu’il situait mal en quoi les catholiques étaient particulièrement censurés. Aux arguments de Frigide Barjot, dont l’expérience professionnelle témoigne bien de ce que dans certains grands médias il est plutôt mal vu de s’afficher catholique (elle l’a payé de sa place à la télé, si je ne m’abuse), s’oppose le fait par exemple d’une émission catholique, avec diffusion de la messe, tous les dimanches matins sur France 2, ou encore de la diffusion de la messe sur France Culture. Difficile de généraliser. Mais je ne vais pas refaire là le débat auquel Koz a participé pour les Etats Généraux du Christianisme, justement sur ce thème : les médias sont-ils anticatholiques ? Il me semble qu’il a parfaitement cerné le sujet.
Ce qui m’a beaucoup gêné dans les interventions de Frigide Barjot et de Daniel Hamiche, c’est leur réflexe d’assimiler l’idéologie partisane des médias à une sorte de complot social anticatholique. Pour beaucoup de médias, les lignes éditoriales ne sont pas catholiques, voire même peuvent laisser transpirer certains griefs rentrés contre l’Eglise. OK. C’est justement pour ça qu’on a du boulot. Au nom de quoi est-ce qu’on attendrait que des médias non catholiques nous déroulent le tapis rouge pour venir annoncer l’évangile ? Témoigner de sa foi c’est difficile, mais c’est justement le programme annoncé il y a 2000 ans. C’est un renoncement. Renoncement à la gloire terrestre, pour commencer. Qu’on vienne geindre de ce que c’est une épreuve, je ne comprends vraiment pas. De quelle Espérance pourrions-nous bien rendre compte s’il n’y avait pas d’épreuve, et même… si ça ne nous paraissait pas d’emblée insurmontable ? C’est justement parce que ça paraît cloisonné, censuré, impossible, justement parce que c’est fou, qu’il faut y aller. C’est le moment ! « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Et franchement c’est plutôt cool, chez nous. Je ne sais pas toi, mais moi je suis confiant dans le fait que je ne vais pas me faire couper la tête au bout du compte.
S’agit-il de tendre indéfiniment l’autre joue ? Oui, si on comprend bien de quoi il s’agit. La claque, le gant qu'on se prend en pleine figure, c'est un défi lancé, un défi à relever. Rien à voir avec de la soumission. Tendre l'autre joue, c'est relèver le gant. Les cathos n’intéressent pas assez les médias ? Alors si les médias sont nécessaires pour l’évangélisation, soyons créatifs, soyons inventifs, et même, avec l’aide de l’Esprit Saint, soyons géniaux. Reste tout de même la question de l’intérêt des médias dans l’évangélisation. Je mets un bémol : nous ne devons pas tant évangéliser par les médias, qu’évangéliser les médias eux-mêmes. La priorité, pour ceux des chrétiens qui se penchent sur la communication, elle est là. Désolé si tu trouves que je chipote, mais la nuance vaut le coup de s’y intéresser. Si tu veux évangéliser par les médias, comme c’est le cas de Frigide Barjot, et que les médias te censurent, tu ne peux qu’être frustré. Frigide Barjot m'a donné l'impression, peut-être à tort, de rêver d’une large audience dans laquelle elle pourrait parler de Jésus et du Pape, et en faire des superstars internationales, histoire de pouvoir convertir quelques personnes dans la masse d’auditeurs ou de spectateurs. J’avoue que c’est tentant.
Sauf que (oui encore)… Sauf que ce n’est pas l’Eglise ou le Pape que nous avons à annoncer, mais la Vérité. Et comme l’a justement dit Benoit XVI récemment, la vérité est dialogante. La Vérité ne s’annonce pas dans un message à sens unique. Elle se partage dans un dialogue de personne à personne. Va, fais-toi des amis dans les médias, trime, discute, échange et témoigne, gagne la confiance des journalistes ou des directeurs de programmes, et là ils commenceront peut-être à tendre un peu l’oreille à ce qui t’anime. Je ne doute pas que des gens soient touchés par un témoignage à la radio ou à la télé, qu’ils changent un peu d’opinion au sujet de la foi. OK, dans ce cas, encore une fois, nous sommes en démocratie, personne ne nous interdit d’être aussi créatifs que les acteurs médiatiques concurrents (sur le plan idéologique, la concurrence, j’entends). Et bravo au passage à Radio Notre Dame (et bon anniversaire) ou encore à KTO. Mais surtout, il faut cesser de fantasmer sur un grand soir (terrestre) où un catho superstar toucherait d’un coup des millions de personnes et pourrait se glorifier d’avoir converti la société en masse, sauf les cons-obtus-désespérés ou ceux qui n’ont pas la télé. Ça c’est la voie facile, c'est du fantasme bien de ce monde.
Allez Seigneur, fais de moi une star, et promis je me servirai de ma notoriété pour annoncer ta parole aux masses.
Allez Seigneur, fais-moi gagner au loto, et promis avec je sauve un max d’enfants qui meurent de faim.
Allez Seigneur, fais un miracle pour que je sois élu, et promis je gouvernerai avec justice.
C’est tentant, hein ? Oui, justement : la tentation c’est ça. Tenter Dieu. On y met toute la bonne volonté du monde, et après tout, c’est un peu de la faute à Dieu qui n’y met pas beaucoup du sien dans l’affaire. C’te nouille, voilà qu’il préfère être crucifié ! Regarde le petit passage d’évangile qui précède juste le « qu’il renonce à lui-même… tout ça » (Marc 8) :
Et, pour la première fois, il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
L’agonie de Jésus, ahhh. Pascal disait que Jésus était en agonie jusqu’à la fin du monde. En effet, je pense qu’on n’a pas fini de lui en faire voir. Pour moi c’est là le cœur de ce syndrome du catho-caliméro. A un moment, parce que quand même ça commence à bien faire, on se dit qu’on a bien rempli toutes les cases, qu’on se démène au service des autres, et que le monde va quand même de plus en plus mal… Peut-être – je suggère – qu’à ce moment on refuse juste de voir que c’est un peu plus exigeant que ce qu’on croyait, et qu’on repart la queue entre les jambes comme le jeune homme qui avait de grands biens.
Tout cela m’a fait penser à l’évangile d’aujourd’hui, non sans l’intervention d’une auditrice par téléphone. Revenant sur le Piss Christ, elle a dit que cette œuvre l’avait fait marrer : « Le Christ a connu tellement pire, il a vaincu la mort, alors de l’urine vous savez… c’en est tellement ridicule que ça m’a fait rire ». Après cela elle a dit qu’il y avait bien d’autres choses qui l’indignaient : la misère, l’injustice, … L’Evangile d’aujourd’hui nous conduit exactement dans cette logique. Jésus s’adresse au pharisien en lui reprochant de purifier l’extérieur de la coupe, mais de ne pas s’occuper de la pureté intérieure. La coupe, c’est une figure du don de la vie, et donc associée au Christ, une figure de son sacrifice. Loin de moi d’accuser les indignés de la christianophobie d’être impurs de l’intérieur… du moins pas plus que moi. Mais sur le côté extérieur, que dire de ce fantasme d’une Eglise respectée par tous, splendide, glorieuse, qu’on écouterait de partout avec autorité ? N’est-ce pas s’occuper de purifier l’extérieur ? On peut penser que c’est un passage nécessaire pour toucher et purifier l’intérieur, on peut même penser tout ce qu'on veut… mais ce n’est pas ce que dit Jésus.
Jésus donne la clé, d’une limpidité qu’on aimerait trouver dans chacun de ses enseignements (oui, parce que Seigneur, des fois tu es un poil difficile à comprendre du premier coup). C’est sans ambiguïté : Donnez plutôt en aumônes ce que vous avez, et alors tout sera pur pour vous. C’est simple ! Enfin, simple à comprendre évidemment, parce qu’à faire c’est une autre paire de manches. Il ne dit pas, allez défiler de Bastille à Nation avec vos pancartes, faites des pétitions et trépignez jusqu’à ce qu’on vous fasse la charité d’un peu de temps d’antenne. Il te dit de t’occuper de ton petit intérieur à toi, de faire le ménage dans ton cœur, de virer tout ce qui l'encombre… quand tu auras viré tous les meubles, il pourra enfin faire la poussière : il purifiera l’intérieur ET l’extérieur. Si tu trouves que ça ne va pas assez vite, c’est sans doute que tu as dû laisser quelques bibelots à trainer.
Après, je reconnais, moi le premier, c’est trop demander, là tout de suite. S'abandonner totalement. Comment c'est possible ? Et puis de toute façon, on ne peut pas attendre d’être un saint François d’Assise pour aller à la rencontre de l’autre et évangéliser. En effet, et même au contraire : c’est en allant évangéliser, dans cette relation dialogante à l’autre, qu’on purifie l’intérieur aussi. D'abord parce qu'on y laisse toujours un peu des plumes, et que c'est ça de moins à mettre à la déchetterie ensuite. Et puis aussi parce qu'on donne quelque chose de soi, et que ce don prépare aussi au renoncement. Il ne s'agit pas non plus d'attendre d'être saint pour oeuvrer pour la justice. Mais le justicier animé par la foi est un justicier intelligent, un justicier aimant et miséricordieux. C'est quelqu'un qui va à la rencontre de l'autre. Tu trouves que telle daube artistique est une agression à ta foi, avec tout ton amour et ta bienveillance, fais-le savoir à l'élu responsable. Pas parce que la daube en question salit ton identité chrétienne, mais parce que tu penses qu'elle nuit au bien, au juste. Et pour être sûr de ne pas être dans un combat identitaire déguisé, n'oublie pas de faire de même quand on portera atteinte à une autre foi ou une autre conscience que la tienne.
Bref, tout ça pour dire que c'est très exigeant. Mais ça ne permet pas de faire comme si on n’avait pas compris la consigne (message à Frigide qui me disait à l'antenne ne pas avoir compris ça comme ça). Va, vends ce que tu possèdes, donne tout aux pauvres. Ici encore : donnez en aumônes ce que vous avez. Benoit XVI l’a redit récemment en Allemagne, il me semble : la société a besoin de saints. Bien plus que d'une superstar, ou d’émissions télévisées aux heures de grande écoute. Si tu as l’impression de ne pas avoir les moyens de convaincre ou de faire aimer l’évangile à ton prochain, c’est de ce côté-là qu’il faut regarder en premier : ta propre conversion.
C’est ce que je pense avoir compris de la vocation baptismale : toujours plus exigeante de sainteté. Soit mon témoignage s’enlise un jour dans le confort d’un catho qui pense être déjà un bon ouvrier du Seigneur, et alors malheur à moi. Soit j’accepte d’aller jusqu’au don de ma vie, si le Seigneur l’exige. Et je nous vois mal, si un jour toi ou moi étions glorieusement appelés au sacrifice de nos vies, nous entendre prononcer comme dernière prière : « c’est trop injuste ! ». Définitivement, Caliméro n’était pas catholique.
Contact : pneumatis[at]hotmail.fr | Présentation
Je voudrais inviter, de toute façon, les chrétiens à s'unir avec confiance et avec une créativité consciente et responsable dans le réseau de relations que l'ère numérique a rendu possible. Non pas simplement pour satisfaire le désir d'être présent, mais parce que ce réseau est une partie intégrante de la vie humaine. Le web contribue au développement de nouvelles et plus complexes formes de conscience intellectuelle et spirituelle, de conviction partagée.
Benoît XVI (45ème Journée Mondiale des Communications Sociales-2011)
Pour réécouter l'émission : lien
Ouf ! Je me suis rendu jusqu'au bout et je suis content de moi car j'ai bien aimé la conclusion. Tout ceci est tellement juste! L'Évangile ne passera pas dans les conversions massives, mais d'abord par la mienne... et la tienne... et encore l'autre, là... Merci !
Quel beau billet !
Vous souhaitez donc que tous les cathos soient des saints.
Quelques remarques malgré tout :
- sur les profanations, concernant les statistiques, je vous suis,
mais la compassion pour les non-chrétiens en particulier, n'est-elle pas suspecte ?
- sur le rôle des médias, la question est d'ordre plutôt sociologique :
les chrétiens ont le droit de s'émouvoir que leur FOI (à l'origine de notre civilisation) se trouve maltraitée par les médias où la FOI NOUVELLE (athéisme) a pris leur place (et avec quelle arrogante) dans la CHRETIENTE, société qui l'a engendrée (Cf. M. Gauchet).
Amicalement.
P.S. ma deuxième remarque est un peu alambiquée (trop d'idées imbriquées).
"Allez Seigneur, fais de moi une star, et promis je me servirai de ma notoriété pour annoncer ta parole aux masses."
Diantre ! Mais à qui donc pourrait-on faire un grief pareil ?
Non, bien sur, je ne visais aucune des invitées de l'émission... ceci étant dit, sans l'offenser, je suis d'ores et déjà vacciné, ça y est.
"Et pour être sûr de ne pas être dans un combat identitaire déguisé, n'oublie pas de faire de même quand on portera atteinte à une autre foi ou une autre conscience que la tienne."
voilà, tout est là.
ça me fait penser à Elie Wiesel qui parcouru lemonde pour combattre les combats de ceux qui ont vécu - ou même seulement risqué de vivre ! - un peu de ce qu'il avait vécu, pas seulement pour sa cause. de sa part, c'était héroïque. saint, même.
pour moi, c'est là le sceau de tout combat: combattre non pas pour soi, même déguisé en grande cause, mais pour le bien. Le Bien. La Justice. bref, ce qui fait du bien, et ne fait pas de mal; pour ceux qui sauraient pas discerner, il suffit de demander aux intéressés si ça leur fait du bien ou du mal. (à tous les intéressés, hein. genre même ceux qui n'ont pas la possibilité de le dire et à la place de qui on parle un peu facilement parfois pour transformer un mal pratique en bien théorique.)
reste à y penser à chaque fois que je suis tentée de m'indigner ou simplement de m'énerver. et c'est pas gagné gagné...
Félicitations pour cette profonde réflexion à laquelle j'adhère à 100%.
Merci pour ce beau texte qui méritera d'être relu. Bien d'accord avec tout ce que cela implique de conversion et de purification intérieure.
En revanche je te trouve un peu dur avec FB et DH : JMQ avait commencé très fort en niant tout anticatholicisme. Koz a bien montré qu'il existe cet anticatholicisme primaire (relire http://t.co/eKSCBIrh ) et j'ajouterai même à cela un fait révélateur : Mgr Vingt-Trois n'a jamais été invité à un journal télévisé depuis qu'il est archevêque de Paris... de quoi rester songeur, non ?
La réaction de FB et DH a effectivement été maladroite. L'indignation légitime doit se purifier, et non pas s'extérioriser en colère. Il n'empêche qu'il n'est pas mauvais de constater une réalité sociale. Là où je te rejoins totalement c'est sur notre manière d'être et d'agir face à cela, la nécessité de chercher le Bien, et non pas notre sauvegarde.
Attention, je ne dis pas que l'anticatholicisme primaire n'existe pas : tu n'as qu'à aller lire les commentaires sous mes billets concernant le Hellfest... Tiens, juste deux commentaires avant le tien, ce soir encore...
La question n'était pas de savoir si oui ou non tout le monde aime et respecte la religion catholique unanimement... mais si celle-ci est particulièrement plus visée que les autres... et savoir s'il y a une sorte de complot social contre les catholiques. Bah non.
Par exemple, tu parles de Mgr Vingt-Trois absent du journal télévisé... tu as vu beaucoup de représentants du culte musulman ou de la communauté juive au 20h, toi ? Je ne sais même pas (j'ai du le louper) si la venue du dalaï-lama à Toulouse, dernièrement, a fait l'objet d'un petit reportage au JT du soir. Comme l'a expliqué Koz, les grands médias ne savent plus traiter du fait religieux, aujourd'hui, ça les dépasse. Alors souvent ils laissent simplement parler leurs préjugés, et leur ignorance.
Et justement, ça nous ouvre un vrai boulevard pour y aller, avec audace et enthousiasme... et compétence (oui, il y a ce petit détail là aussi. C'est à ce moment là, généralement, que je dis : passez devant les amis, je vous rejoins plus tard).
"Enracinés et fondés dans le Christ, affermis dans la Foi", c'était le thème des JMJ.
Je partage cette nécessité absolue de mettre ses pas dans ceux du Maître et aussi de Son épouse, l'Eglise. La conversion du monde nécesitte en effet d'abords la conversion personelle, combat de tous les jours.
Donc action personelle, d'abords, sur soi et envers les autres.
Mais aussi action institutionelle afin de réformer et/ou irriguer et/ou créer les structures naturelles ( les corps intermédiaires dans l'enseignement de l'Eglise) afin de les rendre plus conformes au plan de Dieu,
Les deux actions dans l'écoute de Sa parole et de Sa volonté qui sont forcément une réponse personelle à Son appel.
Prière et action, vie spirituelle et action, un couple inséparable comme les 2 jambes d'un même corps. D'où ce billet que je vous propose :
http://www.citeetculture.com/article-ora-et-labora-derniere-partie-42415914.html
Petit point concernant les profanations : selon le ministère de l'intérieur, les profanations des lieux de culte catholiques et/ou de cimetières sont en nette progression depuis quelques années. Il n'y a pas qu'en France du reste et un observatoire européen a été créé.
Chacun sait que ces profanations de sépulture ou de lieux de culte catholiques en France sont un aspect de la christianophobie qui s'exprime aussi dans des expos ou des spectacles (Piss Christ, Golgotha picnic pour ne citer que ces exemples).
Ce qui pose bien évidemment la question de l'action sous différents aspects : méthodologie, champs d'application, mission spécifique de laïcs, fondements et autonomie de leur action ( distinction des puvoirs).
Attention, je n'ai jamais prétendu qu'il ne fallait pas agir... je crois même avoir parlé de relever le défi, relever le gant, être créatif. Dans l'émission, quand m'est posée la question des actions possibles, je réponds ce que Mgr Vingt-Trois a dit lui-même : citoyens comme les autres, les catholiques ont le droit, et même parfois le devoir, de faire savoir à leurs élus quand quelque chose porte atteinte à la dignité ou au respect de certains de ses administrés. Pas en défilant en masse ou en bombardant de pétitions populaires impersonnelles. Ni en hurlant avec les loups bien entendu, mais également pas en hurlant comme les loups.
Mgr Vingt-Trois, à propos de Golgotha Picnic : on peut exprimer sa blessure, mais cela ne peut pas devenir un argument de combat organisé. [...] De même que l’objectif du Christ n’est pas d’établir un royaume terrestre, notre objectif n’est pas de transformer les pays en églises, mais de vivre en chrétiens dans des pays qui ne sont pas nécessairement chrétiens. Il faut que nous acceptions que cette différence puisse aller jusqu’à l’injure et que nous acceptions de supporter avec le Christ l’incompréhension, l’hostilité et la violence des autres. Sinon, nous entrons dans une guerre culturelle qui n’est pas vraiment dans le sens de l’Évangile »
J'imagine, compte-tenu de ton engagement pour la défense de la culture, que tu as dû prendre bonne note de ce conseil de Mgr André Vingt-Trois.
La réaction typiquement chrétienne, et c'est ce que certains refusent d'entendre, est avant tout personnelle : j'écris à mon député (par exemple), je vais à sa rencontre, c'est moi personnellement qui exprime quelque chose. Je ne prends pas en otage toute une "communauté" ou une "identité" à laquelle je m'associe, pour porter ma revendication ou mon message.
Prends l'exemple de Civitas, qui décidément ne veut rien comprendre et qui n'a pas fini de m'énerver avec sa tendance presque à accuser les chrétiens qui ne les soutiennent pas de complicité, ou à parler de "l'honneur du Christ" comme Satan parlant par la bouche de Pierre à Jésus juste avant la passion. Je découvre aujourd'hui qu'ils ont écrit à l'épiscopat et ont reçu une réponse. Comme toujours, la réponse est nuancée. Civitas déclare :
Mgr Brouwet, évêque auxiliaire de Nanterre, abonde dans le même sens en nous écrivant : "Il me semble que les associations de fidèles laïcs ont plus de poids surtout si chacun prend conscience de sa responsabilité et remet personnellement les élus devant les siennes".
Dans la droite ligne du propos de Mgr Vingt-Trois, il indique que la réaction chrétienne est personnelle... par opposition à collective, par opposition encore une fois à un combat organisé. Il n'abonde donc guère dans le sens de Civitas qui invite à une grande manifestation et exhorte tous les chrétiens à signer sa pétition s'ils ne veulent pas cautionner eux-mêmes ce qui offense la foi chrétienne.
Et puis justement, pour finir, comme je le dis dans mon billet, avant de partir en guerre, si seulement on décidait malgré les conseils avisés de nos évêques, qu'il faille réagir en ordre de bataille, le justicier chrétien a un devoir d'intelligence, d'autant plus lorsqu'il expose ainsi la foi chrétienne et l'Eglise (comprise ici à la fois comme institution et comme la communauté des catholiques) à un potentiel scandale. Car quoi de plus scandaleux que des chrétiens s'engageant dans une guerre injuste ? Là-dessus, l'affaire du Piss Christ aurait par exemple mérité mille fois plus de prudence que ce que les Civitas (encore eux) ont pu investir dans leur action... si j'en crois par exemple l'analyse d'un Fabrice Hadjadj sur cette "affaire Serano" (article trouvé en entier sur le site de la Licra, car réservé aux abonnés sur le site du Figaro).
Dans le même ordre d'idée, j'ai posé la question à mon très intelligent curé, de savoir ce qu'on pouvait dire de la pièce Golgotha Picnic... il m'a répondu (ayant pourtant bien entendu parler de l'affaire) : je ne saurais en dire quoique ce soit, je n'ai pas vu la pièce. Et de poser la question de savoir si les chrétiens qui s'expriment là-dessus parlent d'expérience (et avec compétence), ou pas.
Je commencerai peut-être à montrer un peu d'indulgence envers ces mouvements d'indignation chrétienne quand ils sauront faire preuve d'un minimum d'intelligence et d'authenticité dans leurs moyens d'actions, plutôt que de reproduire comme des robots tout ce qui fait le raz-du-sol de cette société moderne qu'ils ne cessent de fustiger. Parce que j'imagine qu'on ne réagit pas pour le plaisir de réagir, mais bien pour avoir un résultat efficace au regard du Bien Commun, il serait temps de se demander si le plus efficace c'est de faire passer le message chrétien pour un message de crétins, ou s'il ne s'agirait pas de montrer une certaine capacité de penser avec nuance, finesse, subtilité... une intelligence un poil au-dessus de la moyenne basse, en somme. Je conçois que c'est difficile : si c'était facile, je serais moi-même impliqué dans beaucoup de projets, je pense. Mais il me semble contre-productif pour les chrétiens de vouloir faire taire le silence à tout prix.
PS : à ce propos, ça m'effraie un peu de te voir reprendre comme ça du Jean Ousset (cf. ton article)
@pneumatis,
Attention, je n’ai pas écrit qu’il ne fallait ni prier, ni agir personnellement…
« J’imagine que…bonne note » Oui, merci, je tâche de me tenir informé moi aussi ! J’en ai fait état sur mon blog !
« Dans la droite ligne…organisé ». En quoi l’engagement personnel est-il contradictoire avec le fait de s’organiser ? Excuses-moi, mais dans l’enseignement de l’Eglise, je ne lis pas d'instructions pratiques qui disent « COMMENT CONCRETEMENT » mettre en oeuvre celui-ci ! Et pour cause : si le rappel des principes et des valeurs sont de la mission de l’Eglise, c’est aux laïcs qu’il revient de le mettre en musique.
« Le justicier chrétien…injuste ». L’ajustement au Christ ( c’est là le sens du mot justice je pense) est évidemment le fondement que je rappelle d’ailleurs en intro dans ma réponse. Mais cet ajustement au Christ ne s’incarne pas de la même façon selon son état de vie, clerc ou laïc ; cet ajustement dans le domaine de l’action n’a pas non plus à passer, excuses l’expression, « sous les fourches caudines de l’autorité spirituelle » quelle qu’elle soit ( distinction des pouvoirs oblige : cf encore l’enseignement social ) : tout baptisé est en effet prêtre, prophète et roi. Ce qui ne signifie pas qu’il ne doive pas être prudent, intelligent, rusé, habile, proche des préoccupations, présent, ouvert dans son action, bien au contraire. Ce qui signifie réseaux, amitié, persévérance, formation, échanges, concertation…un minimum d’organisation quoi et pas simplement spirituelle. Et de ce point de vue, je te rejoins, civitas gagnerait en effet à plus mettre en pratique la méthodologie en matière d’action mise en forme par Jean Ousset et poursuivi aujourd’hui par l’œuvre qu’il a fondée il y 60 ans. Ce qui suppose, là aussi que l’on ne s’arrête pas à l’énervement suscité pour considérer aussi les personnes qui y sont, eux aussi comme des frères. Et par conséquent aller aussi à leur rencontre.
Ton PS : peux-tu expliciter ?
"En quoi l’engagement personnel est-il contradictoire avec le fait de s’organiser ? Excuses-moi, mais dans l’enseignement de l’Eglise, je ne lis pas d'instructions pratiques qui disent « COMMENT CONCRETEMENT » mettre en oeuvre celui-ci !"
Donc tu n'as pas pris note de ce qu'a dit Mgr Vingt-Trois, alors ? Ca me semblait assez concret. Ceci étant dit, attention à ne pas généraliser. Pour répondre également à un autre commentateur, je n'ai rien contre le fait de s'organiser en associations ou en groupes de pression pour faire entendre un message ou pour peser dans le débat politique. Mais je l'ai dit et je le répète, il faut que la cause soit légitime, et l'action intelligente.
Le problème avec les actions de Civitas c'est qu'il y a un mélange malsain entre spirituel et temporel. Lutter contre les discriminations et pour le respect de la dignité de chacun, c'est très bien, et cela peut largement justifier de s'organiser collectivement pour ça.
Mais par pitié, pas pour aller "défendre l'honneur du Christ". Pas aller ostensiblement prier le chapelet en masse dans la rue. Ca n'a plus rien d'une démarche citoyenne : c'est une réaction identitaire primitive, qui oppose à un problème civil un ire pseudo-spirituelle (je dis pseudo, parce que pour s'en aller "défendre l'honneur du Christ", il faut quand même avoir bien compris de travers l'évangile).
Demander solennellement un minimum de respect, montrer rationnellement et pédagogiquement en quoi tels propos ou telles oeuvres sont un affront objectif à une personne ou un groupe de personnes, très bien. Surtout quand on sait pertinemment que les ressorts de cette cause sont totalement méconnus du grand public. On espère quoi convaincre qui, même à 50.000 manifestants ?
Et si ce travail avait été fait par Civitas avant d'agir, jamais il n'y aurait eu ces pétitions stupides, tantôt blasphématoires tantôt idolâtres, sur le Piss Christ : un crucifix n'est pas le Christ, c'est un symbole, et donc l'urine dans laquelle il est plongé est à comprendre sur le même plan symbolique.
Dès lors, comme certains l'ont déjà très bien dit, l'oeuvre peut-être comprise comme une représentation de la passion du Christ - et le fait que la photo soit particulièrement radieuse va tout à fait dans ce sens : le scandale de la croix, qui pour beaucoup de nos contemporains habitués visuellement au crucifix, ne signifie plus grand chose mais que l'urine vient ici "réactiver", est mis en lumière "au sens propre" et montré aussi comme une gloire naissante. Et ça tombe plutôt bien, parce que c'était pile l'intention de son auteur.
Alors, qu'on ne soit pas d'accord avec le style, qu'on trouve ça artistiquement odieux, je peux le concevoir... mais enfin tu vois bien que le débat n'est plus le même.
Bref... pour les spectacles, c'est encore une autre histoire. Dans le fond, pour ce qui est de l'action organisée, je vois bien que j'ai du mal à avoir un propos limpide, mais l'idée c'est que l'action ordonnée des chrétiens pour défendre le christianisme n'a aucune justification pour moi. Elle déplace le problème, et contribue finalement à rendre tout début de solution inopérant. La religion chrétienne a vocation à l'universalité, pas à préserver l'équilibre d'une communauté définie par son appartenance à cette religion. De la même façon qu'il serait stupide de créer une association de lutte contre l'avortement des foetus chrétiens, ou de défense des soins palliatifs chrétiens, on est certainement légitime à défendre la liberté religieuse, pas l'honneur du Christ. Il y a une focalisation identitaire qui, dans un pays précisément d'histoire chrétienne, me semble complètement déplacée.
D'ailleurs, quelqu'un comme Daniel Hamiche a bien l'intuition de cela, puisque pour lutter contre la christianophobie, il est obligé de parler de "minorité chrétienne" - sans quoi, il serait difficile de dénoncer une phobie envers la majorité par - nécessairement - une minorité. Sauf que sa "minorité chrétienne" existe bien sur le plan de la foi, mais n'existe pas sur le plan culturel. Que les français en aient conscience ou pas, la culture chrétienne est la culture dominante dans notre pays. Il est nécessaire de le rappeler et de réconcilier les français avec cette culture, mais on voit bien que ce n'est pas quelque chose qui peut se faire sur le mode de la défensive, façon "minorité persécutée". Et il est nécessaire d'avoir conscience, quand on s'oppose à quelque chose en tant que citoyen dans un état de droit, que c'est sur le plan culturel ou politique qu'on est entendu, et pas sur le plan spirituel (sauf pour les adeptes de l'entre-soi catholique).
"Ce qui suppose, là aussi que l’on ne s’arrête pas à l’énervement suscité pour considérer aussi les personnes qui y sont, eux aussi comme des frères. Et par conséquent aller aussi à leur rencontre."
Tu vois juste. Je prends bonne note du conseil et t'en remercie : c'est en effet quelque chose qu'il faut que je fasse. Je suis déjà, à ce titre, ravi de la sympathie mutuelle que nous partageons toi et moi malgré certaines différences d'approches sur ces sujets là, et toujours ravi de pouvoir en discuter avec toi.
Ton PS : peux-tu expliciter ?
Oui, c'est juste que pour moi, Jean Ousset ça reste un peu une figure de l'ultra-droite catholique, un peu comme Madiran, quoi. J'ai du mal.
A propos de JeanOusset, un billet dont je viens de prendre connaisance :
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2011/10/jean-ousset-r%C3%A9sum%C3%A9-par-massimo-introvigne.html
Très d'accord sur le fond, mais n'êtes vous pas un poil cartésien dans votre approche qui semble exclure les actions collectives de masse pour renvoyer chacun à sa conscience ? Diabolos=qui divise..
Si la purification et la vie intérieure sont primordiales, la conscience est la source de l'action de chacun, action éclairée par la formation morale (cf Newman & autres dont les pères du désert, nous sommes d'accord), et en vérité. Bref, l'Evangile n'empêche pas, en conscience, de suivre telle ou telle action de masse (anti Piss Christ p.exemple), dans les aléas et les tribulations courantes, si tant est que l'on "se sente" vrai (je ne trouve pas mieux que ce sente pas top) ? Ecrire à son député après avoir son Rosaire, sa lectio divina, OK, mais défiler en masse aussi, pourquoi pas aussi, non ?
C'est juste ce "détail primordial" -primauté de la vie intérieure etc.. en phase avec vs- qui est à rappeler. Fondamental, importantissime, mais des uns (primaires et réactifs missionnaires de certains), et des autres (secondaires et intellos, missionnaires d'autres) on évitera de trop juger. Peut-on dire "pas de manif parce que votre vie intérieure n'est pas bonne" ? Qui sommes-nous pour canoniser les uns ou les autres ? On peut tout juste dire 'ce point/phrase' ne me parait pas juste... -en une logique plus anglo-saxonne concrète que française généralisante-
Ne faut-il pas parfois des bloquants ET des dialoguant, des Wynszynski -bloquant et tête de cochon avec son public- et des Wojtyla -dialoguants et annonçant la vérité au parti d'en-face- ? Vous me direz, l'un est en odeur, pas l'autre... Mais non, la non canonisation ne signifie rien pour Dieu, et nous devons nous perdre au point de notre réputation...
C'est quand même dingue, alors qu'on est à peu près tous d'accord sur le fond, que ce soit l'apparence de ces divergences qui ressorte, qu'un en soit (tous et mois aussi) à se balancer "toi tu n'es pas pur", alors que, chacun avec un charisme propre, touchant les uns ou les autres, tant de choses sont à faire, tant la vérité est à dire, de mille et mille façons, dans mille et mille coeurs, par la Crois, par Hamiche, par Barjot et tant d'autres... A qui et à moi aussi et surtout, OK, il faut sans cesse rappeler la primauté de la vie intérieure !
+
Je serais tenter de vous faire sensiblement la même réponse qu'à "Les yeux ouverts" ci-dessus. Non, je n'exclue pas les actions collectives, j'exclue les actions collectives à caractère religieuse-identitaire, en particulier quand elles me "prennent en otage". La question est celle de l'adéquation entre la cause, l'action et son message. Quand l'action est sociale, le message est culturel, et que la cause est religieuse, et que le tout tend à finalement donner à la foi un caractère socialement égoïste, il me semble qu'il y a un gros malaise.
Mais j'entends bien la dérive que vous pointez, dans le fait de le faire remarquer : diviser. J'y prends généralement garde, et je n'ai pas le sentiment que ce billet ait le ton d'une quelconque déclaration de guerre. En outre, il n'engage que moi : il ne prétend à aucun caractère magistériel, même si je le reconnais, la toute dernière phrase du billet était maladroite.
Oui, le dialogue, certes, mais pour dialoguer, encore faut-il que l'autre en face soit d'accord.
Je pense, en cherchant un tout petit peu, que vous avez largement de quoi vous occuper toute une vie à rencontrer des personnes ouvertes à un dialogue amical et bienveillant, avant d'être réduit totalement à l'isolement par les cons.
Et le Christ le dit lui-même, il est venu apporter le glaive, pas la paix des hommes, celle du conpromis.
Saint Matthieu 10, 34 à 11, 1
Il dit aussi aux apôtres que lorsque quelqu'un refuse le dialogue, il ne reste qu'à secouer la poussière de ses sandales.
La paix du dialogue n'est pas celle du compromis ou du relativisme : elle est celle de la rencontre de l'autre et de la relation. Voilà pourquoi la vérité est dialogante, selon les mots de Benoit XVI. Voilà pourquoi le dialogue interreligieux n'est pas relativisme ni prosélytisme, mais relation d'amitié dans le respect des différences de chacun, dans la découverte du mystère de l'altérité, et de cet Amour qu'elle seule rend possible. Voilà pourquoi c'est cela l'évangélisation par excellence. Lire à ce sujet, si vous le souhaitez, ce billet.
Bien sûr. Cela est bel et bien beau, mais prenons garde à ne pas sombrer dans l'abstraction et l'intellectualisation de la foi, la vérité est dialogante si l'interlocuteur accepte ce dialogue, s'il veut s'ouvrir un minimum, or, c'est là que le bât blesse le plus souvent.
Cela me rappelle ces chrétiens qui à Jérusalem voulaient absoluement dialoguer avec les juifs et/ou avec les musulmans. Ceux-ci sont souvent naturellement accueillants ce qui poussait à une confusion et laissait croire à une ébauche de dialogue, mais sur le fond, juifs et musulmans disaient en grande majorité, à de rares exceptions, clairement et nettement : "bien sur que nous pouvons dialoguer sur la foi, si vous commencez par abjurer le christianisme".
Beaucoup de chrétiens recherchant ce dialogue faisait surtout des concessions en affirmant par exemple que nous avions le même dieu, ce qui est faux, le dieu des juifs n'est pas le dieu des musulmans qui n'est pas le dieu des chrétiens.
Autre exemple, la plupart des incroyants acceptent le dialogue avec les catholiques, il y en a souvent dans les groupes d'étudiants à la fac, de ces "cathos de service", à condition que ceux-ci n'affirment pas trop de choses exigeantes sur le plan moral et restent finalement bien dans le moule sociétal actuel. Or, la foi n'est pas de la guimauve, c'est de la TNT. Une foi qui ne dérange pas les certitudes, c'est de la guimauve.
Je constate que vous faites bien une confusion entre dialogue et apologétique, ou entre dialogue et prosélytisme. On ne dialogue pas avec l'autre pour le convaincre ou pour être d'accord avec lui. Ca c'est le débat, pas le dialogue.
On dialogue pour mieux se connaitre, mieux se comprendre et être chacun plus vrais. Benoit XVI en Allemagne n'a pas appelé les protestants à devenir catholiques, mais à être plus vrais dans ce qu'ils sont, plus cohérent avec leur foi. Le rabbin Neusner, dont Benoit XVI a fait l'éloge, a écrit son ouvrage sur Jésus dans ce but précis : en espérant qu'il aide les juifs à être de meilleurs juifs et les chrétiens de meilleurs chrétiens. Il est là le dialogue interreligieux.
En effet, le Christ est venu apporter le glaive : ce glaive est celui du jugement, du discernement. Et ce discernement n'est pas quelque chose que j'apporte à mon interlocuteur du haut de ma "grande-sagesse-bien-supérieure-à-la-sienne". C'est quelque chose qui s'opère en moi quand j'expose mes convictions, ma foi, à l'autre et que sans la renier, je peux ainsi en avoir une meilleure intelligence. Et que tout à la fois, je peux faire de l'autre un ami.
J'ose espérer que comme moi, vous avez des amis avec qui vous n'êtes pas d'accord, même sur des idées importantes, et que cela ne vous empêche pas d'être des amis. C'est à cela que sert le dialogue.
Je suis désolé de me répéter, mais faire l'expérience de l'altérité dans le dialogue n'a pas pour objectif de la gommer, mais de la transcender. De même que dans un couple, on n'essaie de faire que l'homme et la femme soient identiques, mais qu'ils soient chacun plus vrais en tant qu'homme et en tant que femme.
Si vous tenez à voir là de l'abstraction ou de l'intellectualisation, j'en suis désolé : cela résonne pourtant très concrètement dans ma vie quotidienne, justement dans cette amitié, dans cette fraternité avec ceux qui me sont différents et que je n'essaie pas à tout prix de rendre semblables à moi, autant que je n'essaie pas de me faire semblable à eux.
Je ne fais justement pas cette confusion entre dialogue et apologétique. Et en Terre Sainte, ce dialogue, cette rencontre de l'autre, je l'ai pratiqué tous les jours pendant deux ans. Je continue d'ailleurs à le faire, différement, en tant qu'enseignant. En Terre Sainte, j'ai pu le constater un peu plus chaque jour, ce dialogue n'est pas dans les grandes déclarations, les attitudes volontaristes, il est dans les petites choses, les gestes, les attentions, toute chose que les chrétiens de France ne savent plus faire naturellemment, il leur faut passer par une intellectualisation.
A Jérusalem, je me souviens de ces séminaristes nous demandant : "De quoi devons nous parler aux musulmans pour entamer le dialogue ? De la transsubstantation ? De la Trinité ? etc..." . Nous répondions à chaque fois qu'il convenait plutôt de commencer en disant bonjour, en offrant un café, un thé, et que le reste viendrait.
Cette rencontre de l'autre était pratiquée par les chrétiens d'Orient qui plaçaient les étrangers à leurs paroisses au premier rang, sans se poser de questions. En France, il serait bon d'entendre moins de bonnes intentions et plus d'actes de ce genre, sans ostentation.
Il ne s'agit pas dans un dialogue de se poser comme "supérieur", surtout pour un chrétien qui en théorie se reconnait pêcheur, mais avoir la Foi c'est déjà s'être ouvert, au moins un petit peu, à Dieu, à l'amour du Père, du Fils et de l'Esprit, et à sa Vérité. De plus, il ne s'agit pas de "convaincre", mais d'aider ceux que nous rencontrons à s'ouvrir eux aussi à cet amour, et de prier pour leur conversion, et nous le ferons pas par des bonnes paroles ou des réflexions intéressantes et élevées, mais dans des petites choses bien concrètes. Vous parlez de l'ouvrage du rabbin Neumeier, très bien, mais on se situe là à un haut degré de dialogue qui n'est pas généralisable.
Des personnes qui ne sont pas chrétiennes pratiquent déjà cet accueil de l'autre, mais sans la conversion du coeur à Dieu, cela ne va pas jusqu'au bout. Dans les intentions de prières, d'ailleurs, on demande souvent que les dirigeants soient ouverts à la justice et à la paix, ce qu'ils ne seront pas sans conversion.
Oui, donc on est d'accord. Désolé, mais je n'ai pas l'impression que c'était ce que vous disiez dans vos précédents commentaires.
Je ne peux m'empêcher de le relever, fraternellement, car nous frères dans le Christ, mais le fait que rédigiez cette note et que vous répondiez aux commentaires, de la manière dont vous y répondez montre que vous aussi vous essayez de convaincre du bien-fondé de votre point de vue, ce qui est normal, et humain, et légitime.
Vous avez tout à fait raison, mais en l'occurence le mode d'échange est ici celui du débat car il implique essentiellement la raison et ne tente pas le viol d'une conscience ou d'une identité. Au contraire, il tente de faire passer au crible de l'intelligence cette compréhension d'une foi qu'a priori nous partageons. Il faut ici, je pense, faire la distinction entre ce qui relève de l'intime conviction, à laquelle s'applique d'abord une légitime liberté de conscience, et qu'il nous faut aborder par le dialogue ; et ce qui relève de la diversité de compréhension d'une même chose et qui s'aborde légitimement par le débat.
Pour répondre à votre précédent commentaire, oui nous sommes d'accord, bien sûr, le problème du net est qu'il semble radicaliser les opinions.
C'est pas faux !
"Jean Ousset ça reste un peu une figure de l'ultra-droite catholique". Pour quelqu'un qui a milité ( qui milite encore ?) pour "solidarité", cela ne manque pas de sel ! Et, accessoirement quoique, montre à quel point tu ne connais vraiment ni l'homme ( le l'ai connu et rencontré à de nombreuses reprises) , ni sa vie ( elle ne fut pas rose, loin de là ),ni le contexte de celle-ci, ni son oeuvre ( qui lui a survécu) , ni ses écrits ( dont l'action), ni ses héritiers et ses très nombreux amis d'aujourd'hui !
Mettre ainsi Jean Ousset dans cette case, ne serait-ce qu'un peu, aujourd'hui, ne participe objectivement pas, excuses moi cette correction fraternelle, à la vérité et à la charité.
Pardonne-moi, c'est vrai que je connais bien peu le personnage, donc ce que je te dis relève du pur a priori (c'est pour ça que j'ai précisé : "pour moi..."). Je suis tout à fait disposé à te croire, et promets de me renseigner un peu plus.
J'ai répondu à votre article sur mon blog en développant ce que j'ai dit dans mes commentaires.
http://mesterressaintes.hautetfort.com/archive/2011/10/14/les-catholiques-doivent-ils-se-laisser-insulter.html#comments
@ Pneumatis,
Ok pour se voir/Jean Ousset et son oeuvre. On est pas si loin l'un de l'autre : tu as je crois mes coordonnées tél. Sinon, dis le moi et je te les transmettrai à ton adresse mel perso. Sur mon blog, des réunions d'info sont annoncées.
@ tous : Mgr Bagnard informe/golgotha picnic :
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2011/10/christianophobie-mgr-bagnard-encourage-la-campagne-de-civitas.html
A voir aussi le dernier édito du rédacteur en chef de "Famille chrétienne" et le dossier de cette même revue sur le thème " quand les évèques s'invitent en politique"
Merci pour ces informations. Je ne te ferai pas l'affront de dissimuler ma surprise quant à la prise de position de Mgr Bagnard. C'est assez déconcertant pour moi. Je vais réfléchir à nouveau à tout cela.
L'Évangile d'aujourd'hui m'a rappelé votre article
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 12,49-53.
Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division.
Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ;
ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
@ Pneumatis,
Tu as jeté un oeil sur la programmation, à ce jour, du hellfest ?
Non, pas encore.
@ Pneumatis,
Tu ne me fais pas affont
. Pour info, Mgr Bagnard n'est pas le seul : plusieurs autres évèques ont pris la même
position. Dans la déclaration des évèques de France" Elections : Un vote pour quelle société ?", les évèques notent une "intolérance à l'égard de l'Eglise catholique" et affirment que les
catholiques "n'entendent pas être des citoyens interdits de parole".
Pax et bonum
De ce que j'en sais, seul Mgr Aillet a pris une position aussi explicitement encourageante à l'égard de l'initiative de Civitas. La position de Mgr Aumonier, par exemple, peut plus se lire "entre les lignes" à la lumière du communiqué de Mgr Podvin et des propos de Mgr Vingt-Trois, d'autant que Civitas a pour facheuse habitude de tronquer les messages (comme d'autres blogs s'y prennent avec ceux de Benoit XVI) : oui, les catholiques ont le droit à la parole, bien entendu. Cela doit-il se faire de cette manière-là, bien de ce monde, bien mimétique par rapport à tout ce qui peut se faire de protestations pour un oui ou pour un non, et sans le moindre discernement ?
Tu vois, je n'accuserai pas les responsable de Civitas de manquer de discernement s'ils ne l'assumaient eux-mêmes, en tentant - par une banale projection psychologique - à retourner le jugement : "Quant aux élucubrations interprétatives visant à justifier les spectacles en question, elles ne peuvent convaincre que quelques personnes privées de tout sens du discernement et quelques adeptes d'un snobisme pseudo-artistique s'extasiant devant les plus grandes inepties contemporaines."
N'interprêtons surtout pas, n'analysons pas, des fois que... des fois qu'on découvrirait que l'artiste serait chrétien et qu'il aurait tenté d'illustrer, par exemple, la passion du Christ à sa manière. Surtout ne pas essayer de "racheter", restons sur le premier degré. Je ne dis pas qu'au bout du compte, tout est récupérable, mais d'un extrême à l'autre, il me semble qu'il faille essayer d'être juste, et opter a priori pour la bienveillance.
Je t'ai déjà cité plus haut un article de Fabrice Hadjadj sur le Piss Christ... Je me suis aussi renseigné sur la pièce : "Sur le concept du visage du Fils de Dieu". Je n'ai pas vu la pièce, mais les résumés et critiques (artistiques, pas cathos) que j'en ai lu m'ont bouleversées. Civitas présente la pièce par exemple, en disant qu'elle met en scène un vieux qui se torche. Comment ne pas y voir de la malveillance, quand on sait qu'en réalité la pièce met en scène une personne grabataire, très vulnérable, effectivement incontinente et que cela fait souffrir, dépendante de son fils qui le nettoie et lui change sa couche quand il se souille par deux fois ; ainsi que certains adultes qui n'ont pas renoncé à toute solidarité familiale ont à le faire avec leurs vieux parents malades. L'auteur met en scène cette souffrance de la dépendance et pose la question que nous connaissons bien : "mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?".
Pour les critiques non catholiques que j'en ai lu, voilà une pièce qui leur pose la question de ce sentiment d'abandon de Dieu, le renvoie à leur éventuel abandon de la foi, pour voir que finalement Dieu n'est pas dans une icône mais dans ce fils qui prend soin de son père. Lire ce genre de critique de la pièce de la part d'amateurs qui ne sont vraisemblablement pas catholiques, du moins a priori, m'a complètement bouleversé.
Pourquoi déformer le sens de cette pièce ? Pourquoi y voir de la scatophilie là où il y a éloge de la vulnérabilité, et de la solidarité face à la dépendance ? Bien sur, dans la pièce, il y a de la révolte contre Dieu. En essayant de m'en imprégner par rapport à ce que je lisais, j'ai entrevu quelque chose du combat de Jacob contre Dieu. Un combat vers le baptême, vers l'élection.
Tu pourras toujours me dire que j'ai un biais de lecture du fait même de mon opposition à Civitas, mais les critiques de la pièce qui révèlent ainsi une interpellation toute spirituelle sur la présence réelle de Dieu parmi nous, je ne les ai pas inventées. Si tu veux, je ne pourrais pas nécessairement en dire autant de Golgotha picnic, même si là aussi, je vois (des mots mêmes de son auteur) une façon d'expurger sa peur de Dieu, peur qui l'a habité durant toute son enfance. Et quand j'entends quelqu'un dire qu'il a grandi dans la peur de Dieu, mon coeur se renverse aussi, et j'ai soudain bien du mal à demeurer en colère contre lui.
Tout cela m'a amené à une autre considération : les commentaires sur ces oeuvres pleuvent en disant qu'on n'oserait pas s'en prendre de la sorte aux musulmans ou aux juifs. Je m'en réjouis pour ma part. Nous voyons bien que ces artistes ne sont pas interpelés n'importe comment, par n'importe quel Dieu. Ils sont interpelés par le Christ, lui qui vient les chercher ou lui qui les attends. Oui, ils sont en combat, en souffrance spirituelle. Mais cette souffrance est vraie, elle n'est pas un faux dilemme. Pour le peu que j'en sais, je ne crois pas que le Dieu des musulmans pose beaucoup questions à ceux qui s'en approchent. On crois ou pas. Idem, d'une certaine manière (même si nous avons le même Dieu) avec le judaïsme. Mais Jésus Christ, qui est une personne, pose tous les problèmes, conflits potentiels, états d'âmes, que posent les rencontre avec des personnes réelles. On peut l'aimer mais on peut aussi être en colère contre lui, on peut le suivre mais aussi le trahir, ... et tout cela n'est pas sans nous remuer dans l'âme à chaque fois. Ces artistes ne sont pas indifférents au Christ, et je m'en réjouis. Pour le reste, à nous de le leur faire aimer.
J'ajoute juste que le dernier ouvrage de Fabrice Hadjadj, le paradis à la porte, est formidable justement dans ce qu'il nous montre que même les plus grandes invectives contre Dieu témoignent finalement d'une âme sur le seuil, tendue vers le royaume par une aspiration qu'elle identifie mal. Le contraire de cela peut parfois se trouver chez toi ou chez moi, dans le confort de celui qui pense avoir résolu la question du sens de la vie et ne questionne plus Dieu, ne se questionne plus lui-même et refuse, quant à sa foi, de se laisser bousculer. Je me dis parfois, en entendant l'évangile d'hier ("Vous aussi, tenez-vous prêts : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra."), que je suis spirituellement plus en danger, endormis dans le confort de savoir que je suis catholique-croyant-dans-la-vraie-Vérité, qu'un de ces artistes en éveil, invectivant Dieu et donc profondément en attente de sa manifestation.
Pour ce qui est des évêques, me concernant, je me suis renseigné auprès de mon diocèse (qui doit aussi être le tiens, si je ne m'abuse), et leur position est claire : on s'en tient à la position de Mgr Podvin et Mgr Vingt-Trois. Chaque évêque est libre de prendre position plus ou moins en harmonie avec la CEF et dans ce dernier cas ils ne représentent qu'eux-mêmes. De même Civitas est libre de faire ses pétitions mais ne représente pas les chrétiens, et son action n'a aucun crédit auprès de la CEF.
J'ai beaucoup aimé votre article, Pneumatis.
Je ne suis pas Française, certes, mais Belge. Et si l'Eglise est pas mal secouée chez nous, nous n'avons pas la même "tradition laïque" que votre pays. Mais...
Mais je suis quand même à la base catholique. Une mauvaise catholique, une catholique pleine de défauts, une catholique à la vie pleine de péchés et de turpitudes, mais une catholique qui croit en Dieu (et aux forces du Mal, je crois l'avoir déjà dit ici). Et cette attitude de "Caliméro assiégé" d'un bon nombre de catholiques francophones - je ne parle pas des Egyptiens - a souvent l'art de m'irriter.
Vous voulez - nous voulons - être entendus ? Alors battons nous pour l'être. Pas avec de la violence, mais avec nos talents. Battons-nous en témoignant, en appliquant l'Evangile (le truc qui dit "j'avais faim, et vous m'avez donné à manger, j'étais prisonnier, et vous m'avez visité etc..."). Battons-nous en communicant, en dialoguant, comme vous le dites si bien. Battons-nous en créant. Une pièce, un livre, un tableau nous choque ? N'y a-t-il parmi nous aucun artiste capable d'écrire, de peindre, de mettre en scène des histoires profondément chrétiennes - sans être neuneu pour autant ? Battons-nous, mais pas contre les autres. Contre nous-mêmes, avant tout. Contre nos peurs et nos faiblesses face à l'adversité. Avec l'aide de Dieu.
(PS : Au sujet du "j'étais prisonnier et vous m'avez visité", je remercie particulièrement l'Abbé Pierre Koudary, aumônier de la prison de Saint-Gilles, dont les agents sont en grève depuis dix jours maintenant)
Bilet magistral dont le grand merite, a mes yeux, est de rappeler l'urgence de la conversion personnelle. c'est cela qui mettra le feu au monde, pas une superstar, en effet...
@Pneumatis:
Tu as probablement de bien meilleures choses à faire, mais s'il te plait, lis Jean Ousset (Pour qu'il règne ou Fondements de la cité) ou Jean Madiran avant de les critiquer ainsi. Ce n'est pas parce que ce sont des figures de gens qui ne te plaisent pas (quoi que, il faudrait que tu te rendes une fois ou deux dans des chapelles de la FSSPX pour voir ce qu'il en est vraiment) que ce qu'ils disent est pour autant sans intérêt.
Voilà, à mettre en regard de ce que j'écrivais hier... ce genre de chose me met vraiment en colère : http://www.la-croix.com/Religion/Urbi-Orbi/France/Une-piece-de-theatre-perturbee-par-des-integristes-_NG_-2011-10-21-725889
Une nouvelle contribution :
http://www.citeetculture.com/article-reflexions-a-propos-de-la-christanophobie-87000233.html
Pax et bonum
Les événements récents donnent raison à l'auteur de ce blog. Je ne vois pas en quoi l'action d'interrompre un spectacle, de se donner en spectacle, de se faire passer pour des martyrs de la bonne cause est chrétienne et en quoi elle va rapprocher les spectateurs du dit spectacle de la foi ou de l'Eglise. C'est navrant et totalement contreproductif. Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse... Civitas n'a pas dû étudier ce principe si simple. J'aimerais savoir si l'irruption de 10 personnes antichrétiennes durant une messe serait appréciée... A rappeler d'ailleurs que Civitas a même envoyé ses troupes de choc dans Notre-Dame de Paris parce qu'un rabbin avait été invité à y prendre la parole! Le manque de respect est une de leur marque de fabrique. Quand on ne supporte pas la différence on perturbe, c'est l'arme des faibles. Si un spectacle ne me convient pas ou dépasse mes capacités de compréhension ou me choque je reste chez moi mais je n'empêche pas ceux qui ont payé pour le voir d'y assister et je respecte le travail des artistes même si je considère que ce n'est pas de l'art. C'est le degré minimum de la politesse.
Voilà aussi l'exemple d'une action positive menée par des chrétiens...
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2011/10/21/des-jeunes-episcopaliens-us-avec-les-indignes-de-wall-street.html
Cela fait plaisir!
J'ai tout mis ici histoire d'en ajouter une couche :
http://luc1249.wordpress.com/2011/10/23/retour-aux-fondamentaux-morale-des-catho-bombers-et-autres-intellos/
Oui, j'ai lu votre billet. Je comprends et respecte votre sensibilité, notamment celle qui consiste à préférer "les grandes gueules rustiques foirant un geste aux nombrilistes moralisateurs tapant publiquement sur leurs soeurs branchées plus que sur les gourous francs-macs". Je me pose juste une question, ayant fait une émission où étaient invités un franc-maçon et une "catho-branchée" : dois-je me considérer comme un nombriliste moralisateur ? et si oui, je ne vous ferai pas l'affront de vous demander en quoi vous me trouvez moralisateur, ça me parait assez évident... par contre, le qualificatif de "nombriliste", ce ne serait pas juste complètement gratos ou est-ce qu'un truc m'a échappé ?
Cher bloggeur et chers lecteurs de ce blog,
Avant toute chose, il est nécessaire de rappeler que les catholiques qui ont agi ces derniers jour, et continuent d’agir, ne le font ni par colère ni pour la frime. Notre-Seigneur est injurié publiquement, par un moyen bénéficiant du soutien officiel de la Mairie de Paris et de l’Etat français. Nous aimons Notre-Seigneur, nous L’adorons passionnément, nous avons été lavés de son Sang, nourris de sa Chair, de son Ame, de sa Divinité, donc nous défendons l’Etre que nous aimons le plus au monde lorqu’Il est humilié.
La réponse à ces pièces de théâtre a été soigneusement pensée et prévue tout l’été par l’Insitut Civitas, l’existence de ces pièces étant connue dès le printemps. Elle comprend une pétition (plus de 34 000 signatures), des tractages, des lettres aux élus et aux directeurs des théâtres (qui n’ont pas empêché la première pièce de commencer à se produire), une grande manifestation contre l’antichristianisme (29 octobre 18h, place des Pyramides), 330 messes privées et autant de messes publiques que de prieurés en réparation (célébrées par la Fraternité St Pie X). Des actions ponctuelles, spontanées ou coordonnées, s’joutent à tout ceci, lors de chaque représentation.
Le jour de la première, des militants d’Action Française ont tenté en vain d’enchaîner les portes du Théâtre pour empêcher les spectateurs d’entrer (http://www.gloria.tv/?media=207868). La pièce a ensuite été interrompue par des militants du Renouvau Français qui avaient acheté leurs places et sont montés sur la scène pour dire un chapelet de réparation (http://www.gloria.tv/?media=207834). Il y a eu ce soir-là un blessé grave (un jeune d’Action Française écrasé par un car de police), 31 interpellations musclées et 19 gardes à vue.
Le lendemain, vendredi, une poignée de jeunes catholiques a empêché pendant une heure les spectateurs de s’approcher du théâtre par un tir nourri d’oeufs et d’huile de vidange (http://www.gloria.tv/?media=207835). Act’Hope a également manifesté devant les portes pour en interdire l’accès, tandis que de jeunes catholiques tractaient sur la place du Châtelet et dans les rues alentour. Une vingtaine d’interpellations, 9 gardes à vue. Notez que nous avons choisi les oeufs et l’huile parce que ces moyens sont inoffensifs (à part les taches, il n’y a aucun risque de blesser qui que ce soit) mais ont le mérite de toucher l’amour-propre des rebelles de salon qui viennent s’afficher en Prada au théâtre, dans une posture intellectuelle de démythifieurs en carton. Les policiers qui furent nos geôliers ont été agréablemet surpris par notre courtoisie, notre docilité, nos rires, nos chants… et notre propension à prier toute la journée.
Tous les jours, la jeunesse catholique de Paris se relaie pour perturber les pièces ou gêner l’accès au théâtre, en sachant pertinemment quels risques cela représente. Tous ceux qui ont été mis en garde à vue ont en effet eu l’honneur et l’avantage de passer 24 en cellule et cela nous coûtera à chacun un jugement au tribunal correctionnel dans quelques semaines. Nous le savions, nous avons choisi d’agir.
St Jean Chrysostome, Père de l’Eglise : « La patience à supporter les offenses qui s’adressent à nous, c’est de la vertu ; mais rester insensible à celles qui s’adressent à Dieu, c’est le comble de l’impiété. »
Si vous voulez « souffrir avec le Christ », « vous offrir avec le Christ », « tendre l’autre joue », rien ne vaut une manifestation inoffensive et un rosaire chanté derrière des barreaux.
Veuillez également noter que, contrairement à ce qu'à pu écrire Le Monde, nous n’ »imitons » personne. Les catholiques n’ont jamais toléré que l’on injurie le Bon Dieu, à aucune époque, sauf un certains nombre de pacifistes des XXème-XXIème siècles qui ont une notion mal comprise de la Charité.
Acte de Charité : « Mon Dieu, je vous aime de tout mon coeur et plus que toutes choses, et j’aime mon prochain comme moi-même por l’amour de vous. » Plus que toute chose. Donc plus que mon prochain. Notre-Seigneur, qui a dit : « Celui qui dit à son frère +imbécile+ sera passible du grand conseil », a aussi dit : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. »
Si quelqu’un refuse par principe de défendre l’honneur de Dieu, on peut donc supposer qu’il ne défendra pas non plus sa mère si elle est insultée, qu’il laissera violenter sa femme sans rien dire ou enlever ses enfants sans s’interposer. Si ce n’est pas le cas, doit-on supposer que son amour pour la personne de Jésus-Christ est très théorique, très peu pratique ?
Pour conclure : inutile de lire la presse, les journalistes racontent n’importe quoi en copiant les uns sur les autres comme d’habitude. En particulier l’allusion aux « fatwas fondamentalistes chrétiennes » : dès le début, on s’attendait à ce genre d’âneries. Ils sont tellement prévisibles !
"en sachant pertinemment quels risques cela représente."
Faudrait quand même pas exagérer. Autant je ne suis pas de ceux qui critiquent les actions un peu mouvementées, autant dire qu'il y a des risques ici, c'est quand même un peu se moquer du monde. Les flics ne font que vous retenir deux heures, et je doute que la procédure de la mairie de Paris arrive à terme, vu la part non négligeable de gamins de moins de 20 ans et le peu de dommages effectués. Les risques demeurent extrêmement limités.
Non, en fait, le vrai souci de votre action, c'est que vous mobilisez contre vous bon nombre de bobos ou de gauchistes qui vont mettre un point d'honneur à voir cette pièce parce qu'ils savent que ça vous insupporte, alors qu'elle aurait pu rester dans l'anonymat.
Les 19 étudiants mis en garde à vue le jour de la première ont passé la nuit en cellule et sont ressortis le lendemain avec un non-lieu, sauf 2 mis en examen. Les 9 étudiants mis en garde à vue le vendredi ont été relâchés le lendemain soir et sont poursuivis devant le tribunal correctionnel. D'autres étudiants ont été mis en garde à vue samedi. Les 19 qui ont été enfermés dimanche après-midi ne sont toujours pas ressortis.
Comme nous l'ont dit les policiers, ils n'y a rien à retenir contre nous et même les vols avec violence sortent deux fois plus vite. Mais la Mairie de Paris fait pression sur les magistrats du parquet pour que tous les perturbateurs soient condamnés. Les premiers y ont échappé parce que la Mairie croyait encore qu'il n'y aurait de désordres que pendant la première représentation.
La place du Châtelet est bouclée en permanence. Tous les catholiques déjà repérés qui commencent à tracter ou à prier sont arrêtés.
Après l'acharnement quotidien des media officiels de janvier 2009 à l'été 2010, après les centaines de sacrilèges et de profanations passés sous silence, après le financement officiel par l'Etat et par la Mairie de Paris de spectacles, d'expositions, de films, de lobbies anticatholiques, après l'impossibilité systématique d'user du moindre droit de réponse légal... dans quel pays croyez-vous que nous vivons, Pneumatis ?
Je crois vivre dans un pays où il n'y a pas une identité à défendre, mais une Parole à annoncer.
Bonjour Pneumatis,
Périgrinant dans la cathosphère, je tombe sur votre blog depuis celui de Koz.
Il y a ici quelque chose de rafraîchissant qui fait plaisir à lire. Je reviendrai.
J'ai bien compris votre position dans la polémique qui a justifié ce billet et je l'approuve (en vous précisant tout de même que je suis non croyant).
(j'hésite à vous dire "athée" parce que je n'ai toujours pas compris si c'est un gros mot ou pas)
Cependant, la conception universaliste et transcendante de la foi, conception que vous partagez avec Koz et Inner Light, est dans le cas présent totalement mise en échec par vos coreligionnaires eux-mêmes.
J'ai deux raisons de penser cela.
D'une part: écoutant ce qui se dit chez Koz, je suis frappé de constater que les intervenants qui "dialoguent" abondamment entre eux n'ont même pas conscience que la querelle est interne à la cathosphère; ils font comme s'ils discutaient de l'universel, mais en pratique ils sont dans l'entre soi.
C'est assez extraordinaire, mais peu d'entre eux ont intériosisé le fait que la pièce litigieuse est en réalité une pièce religieuse. Il ne s'agit donc pas d'une polémique qui oppose le monde des croyants au reste du monde, mais de différentes conceptions de la religion qui s'affrontent au sein d'un même monde, qui se tient hors du monde.
On rêvait d'une polémique mondiale et on tombe en plein Clochemerle.
D'autre part, en ce qui concerne Civitas, peu ont réellement tiré toutes les conséquences de sa stratégie militante: Civitas pourrait très facilement me ranger parmi ses "ennemis" (auto)désignés. J'incarne à peu près tout ce qu'ils détestent.
Mais à la rélfexion, ma qualité d'ennemi pourrait me valoir leur respect, ce d'autant qu'ils se situent complètement sur le terrain de la virilité (défense de l'honneur). Je sais ce qu'ils aiment, les coups de matraque, et je fais partie des gens qui vont leur en donner.
Pour vous, pour Koz, pour Inner Light, pour Philarête, c'est très différent: à leurs yeux, au mieux vous êtes des mous et au pire - le pire viendra très vite avec eux - vous êtes des traitres. Ils seront sans pitié avec vous. Navré.
En fait, la cible de Civitas, c'est les gens comme vous. Moi, vous comprenez, je suis perdu pour la cause. Je suis d'emblée "out". Mais vous, vous êtes le coeur de cible.
Bon courage.
et pour rester constructif et pour une culture de vie, le film parfait, intelligent, mais trop peu poussé par nos clercs frileux
http://luc1249.wordpress.com/2011/10/12/12-octobre-sortie-de-tree-of-life-en-dvd/
Comme promis, ma seconde contribution :
http://www.citeetculture.com/article-reflexions-a-propos-de-christianophobie-2-87104248.html
Pax et Bonum