19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 13:50

chretiensindignonsnous.jpgHier nous apprenions la mort de Vaclav Havel, ardent défenseur de la démocratie dans un pays sous dictature communiste. A l’instar de Lech Walesa en Pologne, voilà un homme qui s’est battu contre l’oppression, contre une dictature et, ce qui reviendrait pratiquement au même : pour la démocratie. Le rideau de fer est tombé, la révolution de velours a bouleversé l’organisation géopolitique en Europe, mais la démocratie a-t-elle gagné ?

Ne regardons plus seulement la Pologne ou la République Tchèque, mais le monde occidental. La démocratie a-t-elle gagné ? Pas si on en croit la génération qui se lève, de partout et sans se limiter aux quelques bribes d’informations qu’on en relève dans les médias. Un large courant est en train de s’organiser, celui des indignés, celui d’Occupy Wall Street, et qui fait des petits dans tous les pays du monde, du Honduras à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Irlande et la plupart des pays d’Europe, avec bien sur l’Espagne en tête d’un combat pour la « démocratie réelle ». L’Asie est encore peu concernée, occupée, tout comme le monde Arabe et plusieurs pays d’Afrique, par d’autres formes de combats pour la démocratie. Oui, le mouvement Occupy / indignés concerne principalement le monde dit occidental, ou ce qui s’y rattache culturellement. Pourquoi ? Parce qu’il cible une forme particulière d’oppression, de dictature, plus vicieuse sans doute que celles que l’on a déjà connues, puisqu’elle se pare des atours de la démocratie : il s’agit des technocraties occidentales, dictatures de la finance et du matérialisme.

Dans ce combat, les chrétiens ne sauraient rester indifférents. Dépositaires d’un héritage millénaire et toujours bien vivant, nous avons la responsabilité de nous engager en première ligne dans cette révolution qui se prépare. Car cette révolution se fera, avec ou sans nous, et il n’appartient qu’à nous qu’elle soit de velours ou d’acier. Faire tomber ce qu’on peut appeler aujourd’hui le veau d’or de la post-démocratie est incontournable. Mais on ne rase pas si ce n’est pour reconstruire ensuite. Et il est de notre responsabilité de chrétiens d’aider notre monde à reconstruire sur le roc. Sans spiritualité, sans charité dans la vérité, même les meilleures volontés du monde reconstruiront sur le sable. Nous pouvons et nous devons aider à balayer d’abord, et reconstruire sur le roc ensuite.

Si je te dis tout ça, c’est que j’ai rejoint le mouvement des chrétiens indignés, et te propose de signer son manifeste. Comme pour les autres mouvements d’indignés du monde entier, ça ne signifiera peut-être pas grand-chose pour toi… qu’un mouvement de plus. Peu importe, l'important est qu'il t’invite à t’engager dans le cœur-même de cette nouvelle révolution : changer ton mode de vie. Je te parlais à l’instant de Vaclav Havel, apôtre de la dissidence. La dissidence, aujourd’hui, elle n'est plus contre une dictature communiste. Elle est celle qui s’oppose au régime de la surconsommation, au matérialisme mercantile. La vraie dissidence aujourd’hui, c’est celle de la sobriété, celle de l’objection de croissance. Que puis-je changer aujourd’hui dans ma vie pour me rapprocher même de manière infime de la pauvreté évangélique ? Que puis-je partager un peu plus ? A quel besoin matériel puis-je renoncer ? Et demain, quel autre ? Quelle parole, quel témoignage de vie puis-je donner ? Voilà ce que les chrétiens indignés veulent se poser comme question chaque jour. Voilà comment nous voulons avancer, pas à pas, pour révolutionner le monde.

En signant le manifeste des chrétiens indignés, en joignant ton témoignage de conversion à ceux qui se nourrissent de l’évangile, non seulement dans leur relation à Dieu, mais également au quotidien dans leur rapport à leur prochain et à la création, tu peux révolutionner le monde. La signature électronique, elle est évidemment symbolique. Quoiqu’utile si tu souhaites rester en contact avec le mouvement. Bref. Ce qui est important, c’est que nous sommes conscients de nos limites, humbles devant nos impuissances à changer telle ou telle habitude, mais chaque jour, nous avons décidé d’essayer, de faire un pas et de témoigner. Il y a 800 ans, un grand saint, François d'Assise a fait ce saut radical dans la vie évangélique et s'est fait pauvre entre tous.

Quel rapport avec la post-démocratie, me diras-tu ? Je te l’ai dit, cette conversion de vie est aujourd’hui une arme plus révolutionnaire que jamais contre ce qui bâillonne la démocratie : la dictature technocratique du matérialisme mercantile. Peut-être as-tu du mal à croire à cette révolution à venir. Tu m'excuseras, je m'exerce un peu au prophétisme. Blague à part, moi aussi je préfère parler de conversion que de révolution. Mais si dans nos cœurs et dans nos vies quotidiennes il s’agit bien d’une conversion, la portée de ces conversions annonce pourtant bien une vraie révolution. Regarde, et projette-toi…

La gratuité annonce mathématiquement une libération du pouvoir politique de la domination des indicateurs économiques et financiers. La sobriété annonce une sortie des guerres de l’énergie, pétrole et nucléaire en tête, et une pacification des relations internationales. La solidarité annonce un revers salvateur de cet utilitarisme qui réduit la personne humaine à une marchandise, et qui élimine les plus vulnérables ou, pour le dire dans son langage, les inutiles. Tout cela sur fond d'une sauvegarde urgente de la création, pour nous et pour les générations futures. C’est pour garantir tout cela que les chrétiens ont le devoir d’être aux avant-postes de cette révolution. Comment sinon, quand se posera la question de l’après, pourrons-nous avoir à une parole crédible? Comment pourrons-nous proposer le seul roc sur lequel bâtir si nous ne l’avons pas d’ores et déjà fait connaitre comme le bras de la justice qui renverse les puissants de leurs trônes. Comment empêcher qu'une autre forme de dictature encore plus pernicieuse ne succède à celle-ci ?

Bon voilà, je me suis suffisamment improvisé prophète pour une seule journée. Je t’invite juste, tu l’as compris, à joindre ton témoignage à celui des chrétiens indignés, à distribuer ce manifeste autour de toi et bien évidemment à te ressourcer dans l’évangile pour changer ton quotidien, à ton humble niveau, comme moi au mien. Avec les limites, les défauts, tout ça… oui, on n’est pas des saints, hein. Mais au moins on essaie.

Le manifeste en PDF, c’est ici.

Les témoignages en PDF, c’est ici.

Pour joindre ton témoignage, c’est ici.

PS : Pour qu'il n'y ait pas de malentendu, par ce billet je n'entends pas te donner une leçon de vie, à toi lecteur. Ca ne paraît peut-être pas évident, mais cette exhortation je me la destine en premier lieu à moi. Ce mouvement auquel je m'associe n'est pas une occasion de plus d'occuper mes journées, déjà bien chargées par ailleurs. Crois-moi, je préfèrerais mener une vie bien pépère sans me poser trop de questions... Mais l'évangile qui me nourrit, et qui te nourrit également je l'espère, est comme un feu qui brûle mais ne consume pas (oui, je sais, ce n'est pas moi qui l'ai inventé). Il est là, qui secoue de l'intérieur, qui pousse à se convertir, à agir et à servir. Je ne lui obéis malheureusement pas toujours, loin de là. Et surtout pas toujours bien. Mais j'essaie, et me vois dans l'obligation de me comporter  humblement, même si ça paraît contradictoire dit comme ça, comme sel de la terre et lumière du monde. Sel de la terre, et lumière du monde. Quelle responsabilité écrasante ! Quels changements urgents dans ma vie quotidienne !

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commentaires

Vieil imbécile 19/12/2011


Deux choses qui me retiennent de signer 1/ l'intitulé, qui est tellement appauvrissant par rapport à la démarche, tellement extérieur par rapport à la prise de conscience perso demandée,
tellement négatif par rapport aux réelles propositions... 2/ le rejet "statutaire" du libéralisme. Entendons-nous bien, je ne suis pas moi-même libéral, et je considère comme vous que la vague
anglo-saxonne qui a déferlé sur nous sepuis le milieu des années 70 est en bonne partie responsable de ce que vous dénoncez. Mais je conçois aussi qu'on puisse penser que le libéralisme est comme
la démocratie, c'est le moins mauvais des systèmes, et que - plutôt que de tout casser - on puisse s'attacher à corriger ce qui ne va pas, à humaniser le libéralisme, à le faire passer du
libertaire à l'exercice de notre liberté profonde. Or, en tapant à bras raccourcis sur le libéralisme, le manifeste se trompe à mon sens d'objectif, se prive du soutien de "tous les libéraux de
bonne volonté" et finit par idéologiser une aspiration chrétienne. Quel dommage !

Pneumatis 19/12/2011


A propos de la technocratie se substituant à la démocratie, lire ceci : Définanciariser l'économie ? La véritable
révolution intellectuelle

Vieil imbécile 19/12/2011


Il se trouve que moi, je ne suis pas attaché au mot "libéralisme". Mais je sais que des personnes de bonne
volonté le sont, et ça m'embête de les mettre de facto en dehors d'une démarche qui promeut l'auto limitation de consommation et la DSE. La réponse que "certains" t'ont faite me semble typique de
personnes qui attachent plus d'importance aux mots qu'aux réalités. Une sorte de sacralisation du mot libéralisme. Le "pourquoi vouloir à tout prix un mot ?" est l'exact pendant de "pourquoi
vouloir à tout prix rejeter un mot ?", la même déviation, le même souci de la forme plutôt que du fond. Chacun s'accuse confortablement, se bat sur des mots vidés de leurs sens concrets, et
se fait plaisir en matraquant l'autre, cf certains tweetfights.


C'est toute la question de la réforme ou de la révolution. Un réformateur essaie de changer ce qui ne va
pas, tout en maintenant ce qui est bon. Un révolutionnaire fait table rase, et recommence à zéro : et comme son nom l'indique, en général il fait un tour complet, cf Tintin chez les Picaros. Le
problème c'est qu'en général le réformateur ne laisse pas de trace, tandis que le révolutionnaire restera dans l'histoire. Finalement, ce qui distingue les deux, c'est probablement l'orgueil
!


Quand tu dis que le libéralisme est devenu bon à jeter, je ne le pense pas. Revenir aux années 70
supposerait juste la remise en cause des marchés financiers (la désintermédiation), la remise en cause du principe de concurrence généralisée, la nationalisation de quelques grandes sociétés et
l'encadrement strict des salaires (aujourd'hui les patrons des grandes entreprises européennes gagnent en moyenne 125 – oui, cent vingt-cinq - fois plus que la moyenne de leurs salariés. Mais on
peut créditer le libéralisme de beaucoup de bonnes choses qui seraient à conserver. Le dépasser, cent fois oui ! Tout jeter, non, cent fois non.


En fait, le libéralisme est intrinsèquement pervers si et seulement si il suppose que le seul moteur
humain efficace est l'enrichissement. Et c’est faire un procès d’intention aux tenants du libéralisme (encore une fois, je n’en suis pas) que de prétendre qu’ils déconnectent la liberté de la
responsabilité et de la solidarité. Souviens-toi de tes discussions avec des libéraux : je suis sûr que fondamentalement vous partagez l’essentiel, et pourtant le mot libéralisme suffit à
vous placer dans deux camps opposés. Essayer un autre système ? N’aurais-tu pas peur de jouer aux apprentis sorciers, de casser beaucoup d’œufs pour tenter une nouvelle omelette ?
peut-on vraiment « recommencer à zéro » sans passer par la force ? l’histoire fourmille d’exemples contraires.


Mais bon, c’est pas bien grave, je me contenterai de regarder avec sympathie votre mouvement, à m’en
inspirer pour mon fonctionnement personnel, tout en espérant qu’un jour des chrétiens réformateurs se lèveront à leur tour pour promouvoir, et non pas dénoncer. Et j’en reviens à l’intitulé du
mouvement : pour moi il devrait comporter la finalité, pas un des moteurs. En mentionnant l’indignation dans le nom même du mouvement, on en fait une sorte de puérile fin en soi. Ça me
rappelle un syndicat qui s’appelait le « syndicat des Employés Mécontents ». L’horreur J !

Vieil imbécile 20/12/2011


Bon, d'accord, je chipote :) d'ailleurs, je n'ai pas choisi mon pseudo sans raison... et pour preuve de ma nouvelle bonne foi, je vais signer le manifeste : le temps que tu auras passé à répondre
à un chipoteur n'aura ainsi pas été complètement perdu !

jeanduma 23/12/2011


Au vu du dernier mot, j'ai l'impression que vous allez passer bientot du stade "indigné" à "engagés" puis, enfin, à "réalisés".


Parce qu'au fond, vous ne faites que réinventer la roue, l'unité nécessaire de l'homme. Et il me semble que l'indignation est encore la dernière marque d'orgueil.


Et sur le fond, en tant qu'ancien d'une boite du Cac 40 et désormais entrepreneur, je ne peux pas signer un tel engagement anti-libéral, tant je crois que ce système libéral, s'il est tenu
"entre chrétiens réels", est le moins pire qui soit, s'il prend bien en compte l'un des volets importants du christianisme, à savoir une certain sens du péché, ce qui, éco-socialement, revient à
promouvoir une régulation forte, non connivente, capable de trancher sans état d'âme (cf scandale Servier, du sang, des banques....)

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