Hier nous apprenions la mort de
Vaclav Havel, ardent défenseur de la démocratie dans un pays sous dictature communiste. A l’instar de Lech Walesa en Pologne, voilà un homme qui s’est battu contre l’oppression, contre une
dictature et, ce qui reviendrait pratiquement au même : pour la démocratie. Le rideau de fer est tombé, la révolution de velours a bouleversé l’organisation géopolitique en Europe, mais la
démocratie a-t-elle gagné ?
Ne regardons plus seulement la Pologne ou la République Tchèque, mais le monde occidental. La démocratie a-t-elle gagné ? Pas si on en croit la génération qui se lève, de partout et sans se limiter aux quelques bribes d’informations qu’on en relève dans les médias. Un large courant est en train de s’organiser, celui des indignés, celui d’Occupy Wall Street, et qui fait des petits dans tous les pays du monde, du Honduras à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Irlande et la plupart des pays d’Europe, avec bien sur l’Espagne en tête d’un combat pour la « démocratie réelle ». L’Asie est encore peu concernée, occupée, tout comme le monde Arabe et plusieurs pays d’Afrique, par d’autres formes de combats pour la démocratie. Oui, le mouvement Occupy / indignés concerne principalement le monde dit occidental, ou ce qui s’y rattache culturellement. Pourquoi ? Parce qu’il cible une forme particulière d’oppression, de dictature, plus vicieuse sans doute que celles que l’on a déjà connues, puisqu’elle se pare des atours de la démocratie : il s’agit des technocraties occidentales, dictatures de la finance et du matérialisme.
Dans ce combat, les chrétiens ne sauraient rester indifférents. Dépositaires d’un héritage millénaire et toujours bien vivant, nous avons la responsabilité de nous engager en première ligne dans cette révolution qui se prépare. Car cette révolution se fera, avec ou sans nous, et il n’appartient qu’à nous qu’elle soit de velours ou d’acier. Faire tomber ce qu’on peut appeler aujourd’hui le veau d’or de la post-démocratie est incontournable. Mais on ne rase pas si ce n’est pour reconstruire ensuite. Et il est de notre responsabilité de chrétiens d’aider notre monde à reconstruire sur le roc. Sans spiritualité, sans charité dans la vérité, même les meilleures volontés du monde reconstruiront sur le sable. Nous pouvons et nous devons aider à balayer d’abord, et reconstruire sur le roc ensuite.
Si je te dis tout ça, c’est que j’ai rejoint le mouvement des chrétiens indignés, et te propose de signer son manifeste. Comme pour les autres mouvements d’indignés du monde entier, ça ne signifiera peut-être pas grand-chose pour toi… qu’un mouvement de plus. Peu importe, l'important est qu'il t’invite à t’engager dans le cœur-même de cette nouvelle révolution : changer ton mode de vie. Je te parlais à l’instant de Vaclav Havel, apôtre de la dissidence. La dissidence, aujourd’hui, elle n'est plus contre une dictature communiste. Elle est celle qui s’oppose au régime de la surconsommation, au matérialisme mercantile. La vraie dissidence aujourd’hui, c’est celle de la sobriété, celle de l’objection de croissance. Que puis-je changer aujourd’hui dans ma vie pour me rapprocher même de manière infime de la pauvreté évangélique ? Que puis-je partager un peu plus ? A quel besoin matériel puis-je renoncer ? Et demain, quel autre ? Quelle parole, quel témoignage de vie puis-je donner ? Voilà ce que les chrétiens indignés veulent se poser comme question chaque jour. Voilà comment nous voulons avancer, pas à pas, pour révolutionner le monde.
En signant le manifeste des chrétiens indignés, en joignant ton témoignage de conversion à ceux qui se nourrissent de l’évangile, non seulement dans leur relation à Dieu, mais également au quotidien dans leur rapport à leur prochain et à la création, tu peux révolutionner le monde. La signature électronique, elle est évidemment symbolique. Quoiqu’utile si tu souhaites rester en contact avec le mouvement. Bref. Ce qui est important, c’est que nous sommes conscients de nos limites, humbles devant nos impuissances à changer telle ou telle habitude, mais chaque jour, nous avons décidé d’essayer, de faire un pas et de témoigner. Il y a 800 ans, un grand saint, François d'Assise a fait ce saut radical dans la vie évangélique et s'est fait pauvre entre tous.
Quel rapport avec la post-démocratie, me diras-tu ? Je te l’ai dit, cette conversion de vie est aujourd’hui une arme plus révolutionnaire que jamais contre ce qui bâillonne la démocratie : la dictature technocratique du matérialisme mercantile. Peut-être as-tu du mal à croire à cette révolution à venir. Tu m'excuseras, je m'exerce un peu au prophétisme. Blague à part, moi aussi je préfère parler de conversion que de révolution. Mais si dans nos cœurs et dans nos vies quotidiennes il s’agit bien d’une conversion, la portée de ces conversions annonce pourtant bien une vraie révolution. Regarde, et projette-toi…
La gratuité annonce mathématiquement une libération du pouvoir politique de la domination des indicateurs économiques et financiers. La sobriété annonce une sortie des guerres de l’énergie, pétrole et nucléaire en tête, et une pacification des relations internationales. La solidarité annonce un revers salvateur de cet utilitarisme qui réduit la personne humaine à une marchandise, et qui élimine les plus vulnérables ou, pour le dire dans son langage, les inutiles. Tout cela sur fond d'une sauvegarde urgente de la création, pour nous et pour les générations futures. C’est pour garantir tout cela que les chrétiens ont le devoir d’être aux avant-postes de cette révolution. Comment sinon, quand se posera la question de l’après, pourrons-nous avoir à une parole crédible? Comment pourrons-nous proposer le seul roc sur lequel bâtir si nous ne l’avons pas d’ores et déjà fait connaitre comme le bras de la justice qui renverse les puissants de leurs trônes. Comment empêcher qu'une autre forme de dictature encore plus pernicieuse ne succède à celle-ci ?
Bon voilà, je me suis suffisamment improvisé prophète pour une seule journée. Je t’invite juste, tu l’as compris, à joindre ton témoignage à celui des chrétiens indignés, à distribuer ce manifeste autour de toi et bien évidemment à te ressourcer dans l’évangile pour changer ton quotidien, à ton humble niveau, comme moi au mien. Avec les limites, les défauts, tout ça… oui, on n’est pas des saints, hein. Mais au moins on essaie.
Le manifeste en PDF, c’est ici.
Les témoignages en PDF, c’est ici.
Pour joindre ton témoignage, c’est ici.
PS : Pour qu'il n'y ait pas de malentendu, par ce billet je n'entends pas te donner une leçon de vie, à toi lecteur. Ca ne paraît peut-être pas évident, mais cette exhortation je me la destine en premier lieu à moi. Ce mouvement auquel je m'associe n'est pas une occasion de plus d'occuper mes journées, déjà bien chargées par ailleurs. Crois-moi, je préfèrerais mener une vie bien pépère sans me poser trop de questions... Mais l'évangile qui me nourrit, et qui te nourrit également je l'espère, est comme un feu qui brûle mais ne consume pas (oui, je sais, ce n'est pas moi qui l'ai inventé). Il est là, qui secoue de l'intérieur, qui pousse à se convertir, à agir et à servir. Je ne lui obéis malheureusement pas toujours, loin de là. Et surtout pas toujours bien. Mais j'essaie, et me vois dans l'obligation de me comporter humblement, même si ça paraît contradictoire dit comme ça, comme sel de la terre et lumière du monde. Sel de la terre, et lumière du monde. Quelle responsabilité écrasante ! Quels changements urgents dans ma vie quotidienne !
Contact : pneumatis[at]hotmail.fr | Présentation
Je voudrais inviter, de toute façon, les chrétiens à s'unir avec confiance et avec une créativité consciente et responsable dans le réseau de relations que l'ère numérique a rendu possible. Non pas simplement pour satisfaire le désir d'être présent, mais parce que ce réseau est une partie intégrante de la vie humaine. Le web contribue au développement de nouvelles et plus complexes formes de conscience intellectuelle et spirituelle, de conviction partagée.
Benoît XVI (45ème Journée Mondiale des Communications Sociales-2011)
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