Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 23:54

desert_judee.jpgVoilà, première semaine de l’Avent terminée. Demain matin, nouvelle célébration pour faire connaissance, en ce deuxième dimanche, avec le précurseur Jean. J’avoue que tu m’as un peu manqué cette semaine. J’aimerais pouvoir te dire qu'en cette absence je me suis beaucoup ressourcé… Oui, j’aimerais bien. Disons qu’en fait je l’espère. Je ne vais pas m’étendre, mais pour paraphraser la légendaire Marie-Pierre Casey, icône de l’âge d’or du marketing télévisuel : si toutefois ce fut ressourçant, ce sera tant mieux, parce que je ne ferai pas ça toutes les semaines !

Allez, j’ai quelques scrupules à ce que les fruits d’une semaine de jeûne et de prière pour la vie se résument à un gros « ouf, c’est fini ». Je prends quelques lignes pour chouiner comme un sale gosse, et après on passe à autre chose. Donc voilà, j’ai rarement l’occasion de me sentir aussi minable dans ma foi que quand j’essaie de m’abandonner à Dieu. Et c’est tant mieux, me diras-tu, l’humilité, tout ça. Mais c’est juste que, quand tu te lances, tu te dis que tu pars un peu en vacances en amoureux avec Dieu, rien que toi et Lui, et que ça va forcément avoir un goût de « cuicui les petits oiseaux ». Et qu’en plus c’est pour la bonne cause, alors bonne conscience en prime. La totale, quoi. Des clous ! Parce que sa destination favorite, au Seigneur, c’est le désert. C’est là que tu vois que je ne suis pas un grand habitué de ce genre d’exercice, et j’avais dû oublié ce que mes rares retraites m’avaient pourtant appris : en fait de de vacances, c’est combat spirituel au programme. Ma femme a serré les dents toute la semaine pour éviter de lâcher les mots de trop, du genre « tu ne peux pas dire que je ne t’avais pas prévenu », et elle a encaissé. Quoi ? Ma fatigue, mes sautes d’humeur et mes déprimes passagères-à-répétition.

Bon, ce n’était qu’une petite semaine, donc je ne vais pas non plus t’en faire une folle épopée. Je préfère quand même essayer d’en retenir l’immersion dans la parole de Dieu avec certains extraits entiers d’Evangile, associés aux mystères du rosaire, que j'ai la joie de connaitre maintenant par cœur, comme ceux des mystères joyeux particulièrement de circonstance en ce temps de l’Avent. Ou encore, comme aujourd’hui, la prière du chapelet en famille devant un bon feu de cheminée, avec les enfants dans les bras, qui se laissent bercer au son des « je vous salue Marie ». C’est mon fils, handicapé, à qui j’ai tenu particulièrement à consacrer ce jeûne et ces prières, qui a miraculeusement choisi cette semaine pour faire de nouveaux progrès dans son alimentation...

Pour rappel, si tu es nouveau lecteur de ce blog, mon fils a 4 ans, et ne s’alimente pas naturellement. Si on fait exception de la fois, il y a deux ans, où il s’est subitement mis à accepter de manger quelques petites cuillères de compote et de crème dessert, et s’est arrêté tout aussi brutalement au bout de 4 jours, sans que l’on comprenne ce qui avait pu se passer dans sa tête entre les deux, alors cette semaine est un vrai progrès : il a vraiment gouté un peu de soupe un soir, vraiment gouté un peu de lait et de miel une autre fois, sans cracher et sans se braquer, avec même une certaine fierté dans le regard ; et il a plusieurs fois accepté que l’on porte une cuillère de nourriture à ses lèvres (sans toutefois accepter d’avaler) ; en y revenant de lui-même, au point qu'on pourrait presque considérer aujourd'hui le contact labial comme un acquis, si l'expérience d'il y a deux ans ne nous avait pas marqué d'un certain scepticisme. Bref, ça parait peu de choses, mais à notre niveau c’est un incroyable progrès. Tu te dis que tu me vois venir avec mon jeûne et mon miracle. Non. J’avoue que je l’ai espéré, mais je n’oserai pas faire un rapport de cause à effet. Je remercie le Seigneur qu’il aide mon fils à avancer, nous prions pour ça, mais cela s’arrête là.

Mon jeûne, je t’avoue que je ne sais pas comment le Seigneur l’a reçu, mais je me suis un peu trouvé ridicule. Il m’a permis symboliquement d’économiser un peu pour faire un don à la fondation Lejeune, et surtout d’avoir du temps le midi pour découvrir que je ne savais pas prier vraiment. Avec des intentions de prière pendant le rosaire dans le genre du discours de Benoit XVI à la jeunesse allemande, « n’ayez pas peur d’être saints », j’ai découvert que j’étais mort de trouille. Pèse bien les mots : mort… de trouille. Je me découvre fermé à la Vie divine, alors que je parle tellement de se préparer à l’accueillir, juste parce que j’ai peur : peur qu’en me consacrant à Dieu, je sois malheureux, abandonné, seul. Alors je fais le grand écart, avec un pied attaché au monde, un autre aux chemins du Seigneur, mais quand même pas complètement, pas trop… faut être raisonnable ! Je me révèle être un lâche. Un « homme de peu de foi ». Oui, j’ai découvert que j’avais peur, et que je me le cachais, bien au fond. Que c’était aussi sans doute l’un des moteurs de ce besoin d’investir des réseaux cathos, où on se sent moins seul avec sa foi, pas complètement sorti du monde puisque tout de même rattaché à un petit monde, une sphère, une identité, des gens. Bon voilà, je me suis pris la claque, quoi.

Alors comme je sens bien que mon come back est assez peu « youpi tralala », je vais quand même te dire, lecteur, que je suis hyiiiiiiiiiiper content de te retrouver, que ce blog me fait du bien et que j’aime pouvoir échanger, discuter, débattre ; et puis je vais enfin arrêter de te parler de moi, au terme d’une semaine que je voulais consacrer au tout autre que moi (sic). Je vais plutôt finir par te parler d’un autre come back, nettement plus intéressant. C’est celui que nous célébrons en ce deuxième dimanche de l’Avent : le come back du prophète.

Oui, d’une certaine manière, le prophète Elie est revenu en la personne du baptiste, Jean, ainsi que nous l’indique subtilement la description de l’évangéliste Marc (cf. 2 Rois 1,8), et ainsi que nous l’indique plus précisément l’évangile selon Saint Mathieu (aux chapitres 11 et 17). Bien sûr, la chose se comprend avec nuance, particulièrement quand on lit l’évangile selon Saint Jean : quand on lui pose la question de savoir s’il est Elie, le baptiste répond tout aussi explicitement non. Mais Saint Mathieu est clair et fait parler Jésus : Jean est venu dans la monde investi de la puissance et de la dignité du grand prophète. Qu’il lui soit reconnue la dignité de prophète n’est déjà pas rien, puisqu’il n’y en a plus eu en Israël depuis Malachie, le dernier d'entre eux, 500 ans plus tôt. Et c’est justement lui, Jean, dont Malachie parle, quand le Seigneur annonce par sa bouche, pour l’avènement du royaume, la venue d’un précurseur (Malachie 3, 1): le retour du prophète Elie (Malachie 3, 23). Jésus sera clair là-dessus : il n’y aura pas eu dans l’histoire d’homme et de prophète plus grand que Jean.

Il est là le come back entre tous, et nous le célébrons ce dimanche ! C’est une grande joie, et ça renvoie mes gémissements à tout ce qu’ils ont de ridicule face à une si grande nouvelle. Jean est le signe de la miséricorde du Seigneur qui l’a envoyé, le plus grand des prophètes, pour aplanir sa route, bouleverser les cœurs, parler, crier et nous secouer grave, afin que nous ne restions pas endormis dans cette petite mort, paralysés comme je le suis. Convertissons-nous ! Et que le Seigneur me pardonne d’avoir peur, de manquer de foi. Malgré cela je continue de le chercher et de l’attendre, parce que du fond de mon désert spirituel, j’entends justement crier la voix du baptiste.

Par Pneumatis - Publié dans : Mon blog et moi
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