Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 14:39

Depuis quelques temps le monde est en émoi devant le sort de Sakineh Mohammadi Ashtiani, actuellement en sursis pour une condamnation à mort par lapidation en Iran. Condamnation abominable et tragique pour des faits qu'elle n'a reconnu que sous la torture, il y a en effet de quoi s'indigner et se mobiliser.

C'est aussi l'occasion de rappeler que ce n'est pas un fait isolé, et que si la mobilisation internationale à gagné une première victoire en incitant les autorités iraniennes à revoir le dossier de Sakineh, avec quelle force devrait-elle se mobiliser, et d'urgence, pour toutes les victimes d'une justice pakistanaise extrémiste. En effet, au Pakistan tous ceux que la société marginalise et discrimine, soit du fait de leurs divergences avec la religion dominante, soit du fait de leur statut social, sont persécutés en toute impunité. Et attention, ce n'est pas de la persécution de kéké : torture, viols, autodafé, lapidation, emprisonnements à vie, etc... pour des motifs totalement arbitraires. Non, non, je ne délire pas. Au contraire même, franchement je n'ai pas envie de plaisanter. Je serais tenté de dire que j'en perds le sommeil, mais ce serait  encore une insulte aux victimes, que je sois si peu impliqué dans la défense de leur vie et de leur dignité, et qu'en plus je vienne me plaindre de ce que j'en dors mal. D'autant que mon implication, en effet, elle est nulle. Je prie, ici j'écris, je signe la pétition, tantôt j'envoie un peu de mon superflu... Mais je ne fais rien, je ne sais pas quoi faire, et j'en arrive donc à reporter ma colère et mon indignation sur le silence de la communauté internationale qui ne se mobilise pas, qui ne trace pas la voie vers quelques solutions ou améliorations du sort de ces pauvres victimes.

La presse s'est un peu fait l'écho d'un non-fait : le manque de mobilisation solidaire suite aux inondations au Pakistan. Mais que ne se fait-elle pas la voie des sans-voie, de ceux qui souffrent non seulement des inondations, mais des persécutions. Là-bas, les marginaux se voient privés de l'aide humanitaire, des villages pauvres disparaissent de la carte et des centaines de gens meurent parce que quelques riches propriétaire terriens posent des digues et détournent les inondations vers ces villages. Mais ces persécutions morbides n'ont pas attendu les inondations.

Au Pakistan, ce qui devrait faire horreur à l'ensemble de la communauté internationale, c'est la loi anti-blasphème, telle qu'elle est appliquée depuis les années 80, et qui permet d'emprisonner à vie ou de condamner à mort quelqu'un accusé de blasphème contre le Coran ou contre Mahomet. Je cite l'AED :

C’est « un instrument d’oppression très perfide », déclare Marc Fromager, directeur de l’AED-France. Pourquoi ?

- parce qu’elle n’est pas précise dans sa formulation. Elle ne fait pas la différence entre une action délibérée ou pas. Elle ignore l’état psychologique de la personne ou la méconnaissance que peut avoir la personne des conséquences de certaines de ses actions. La loi ne définit pas le comportement attendu des citoyens à l’égard de Mahomet et du Coran.

- parce que sur le simple témoignage d’un plaignant, la personne en cause est immédiatement placée en détention. Une personne peut donc être accusée sans preuve.

- parce que le plaignant jouit d’un statut d’impunité compte tenu de la loi.

- parce qu’on assiste le plus souvent à un simulacre de jugement. Les extrémistes y sont le plus souvent présents afin d’empêcher toute possibilité d’acquittement. Les procès s’éternisent et les amendes se font de plus en plus lourdes. Ces arrestations sont aussi une manière de récupérer la propriété du voisin.

- parce qu’elles sont utilisées pour régler des comptes. On compte ainsi parmi les personnes accusées d’éminents savants, professeurs, écrivains, journalistes et penseurs libéraux - comme par exemple le Dr. Akhtar Hameed Khan, le Prof. Zahid Hussain, le Prof. Itrat Kazmi, le Dr. Younis Sheikh (Islamabad), le Dr. Younis Sheikh (Karachi), Mr. Naimat Ahmer, Mr. Munawar Mohsin, Yousaf Ali et plein d’autres – mais également, dans un pays à 95 % musulman où les chrétiens ne représentent qu’1,6 % de la population, beaucoup de croyants minoritaires.

Ces lois sont par conséquent un moyen entre les mains des extrémistes qui les utilisent pour éliminer ceux qu’ils considèrent comme leurs adversaires.

 

Sur le site de l'AED, on trouve des chiffres et constats qui soulèvent le coeur :

  • en août 2009, 8 chrétiens étaient brûlés vifs à Gojra
  • au Pakistan, les enlèvements, viols, mariages et conversions obligatoires des femmes chrétiennes par des hommes musulmans ne sont pas poursuivis.
  • Si une femme vient se plaindre d’un viol, il n’est pas exclu qu’elle soit accusée d’adultère.
  • Depuis 1986, on compte 993 victimes innocentes de cette loi, dont 120 chrétiens, 442 musulmans et 417 ahmadis (mouvement issu de l’islam et considéré comme hérétique par la majorité des musulmans), 14 hindous.

Au mois de juillet, alors que deux frères, chrétiens, avaient été injustement accusés de blasphème, pour lequel la communauté pakistanaise réclamait la mort, le quartier chrétien de Faisalabad, où vivent plus de 100 000 chrétiens, a été saccagé par une foule de musulmans en colère, stimulés par des appels à la violence lancés ce jour-là dans les mosquées. « Ils voulaient attaquer et brûler le quartier (...). Les manifestants scandaient des slogans, brandissaient des armes et criaient qu’ils allaient donner une leçon aux chrétiens. Ils menaçaient de faire justice eux-mêmes si les deux frères n’étaient pas condamnés à mort, et disaient qu’ils se vengeraient non seulement sur eux mais sur toute la communauté chrétienne », a déclaré au MCP, Atif Jamil Pagaan, un travailleur social chrétien qui a assisté à l’émeute. Il semble que les forces de police n'aient pas réussi à contenir l'émeute, et finalement lorsque le tribunal innocenta les deux frères, ils furent assassinés à la sortie de ce tribunal.

Ce sont des hommes, des femmes et des enfants que l'on met à mort dans des conditions atroces, telle cette fillette de 10 ans brîlée vive après avoir été mariée et convertie de force à l'Islam. C'est parce qu'elle s'est enfuie et que la police a refusé d'enregistré sa plainte que son "mari" l'a mise à mort en la brûlant. On peut prendre aussi l'exemple de cet homme qui refusait de se convertir, lui, sa femme et  ses trois enfants, à l'Islam et qui a été brûlé vif, sa femme violée par des policiers, le tout devant leurs enfants. A ma connaissance, on n'a pas trace de condamnation de ces actes barbares. Vous voulez plus de détails : www.nystagmus.me

Bref, je rejoins complètement l'indignation générale sur ce qui se passe actuellement en Iran et sur le sort de Sakineh. La pétition lancée par BHL a déjà dépassé les 100.000 signatures et c'est bien, d'autant qu'il s'en est suivi un résultat concret : la suspension de la sentence et la révision de son dossier. Peut-être cela présage-t-il d'une avancée à venir, du moins à espérer, du respect des droits de l'homme en Iran. Mais il y a plusieurs mois déjà, l'AED a lancé une pétition pour l'abolition de la loi anti-blasphème au Pakistan, pour sauver des centaines, voire des milliers de victimes à venir. Elle a peiné à dépasser les 10.000 signatures. Pour cette pétition, pas d'ambassadeurs, de communiquants, d'institutions ou de "stars" qui aient du poids, qui aient de la voix, et qui se mobilisent jour après jour pour faire cesser cette abomination. Pourquoi !!!!!

Pourquoi fermer les yeux ? C'est un problème de communication : faut-il interpeler BHL dans un bon jour pour que le monde s'intéresse au sort de ces victimes ? Est-ce un problème politique ? Le monde occidental s'est mobilisé avec force pour sauver la démocratie en Irak, et accessoirement le pétrole. Le monde occidental se mobilise avec force pour défendre les droits de l'homme en Iran, et accessoirement en ajoute un peu plus à la pression diplomatique sur un pays qui a décidé de faire ce qu'il veut avec le nucléaire. Que faut-il pour que le monde s'intéresse à la situation des persécutés au Pakistan, à la défense des droits de l'homme et à la démocratie ? Que faisons-nous ? Chez nous, nous dénonçons vigoureusement les discriminations de toutes sortes. Là-bas ces discriminations coutent la vie à ceux et celles qui en sont victimes, et cela inclu des enfants à peine en âge de comprendre le sens même du mot blasphême.

Par pitié, mobilisez-vous, signez la pétition, lancez des appels, parlez-en autour de vous, relayez, relayez, relayez. C'est une question de vies et de morts.

Par Pneumatis - Publié dans : Eglise - Communauté : solidar' infos
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil

Bienvenue chez Pneumatis

Famille dans le couchant

 

Contact : pneumatis[at]hotmail.fr | Présentation

http://fdata.over-blog.net/99/00/00/01/img/picto_rss20.png

 

Je voudrais inviter, de toute façon, les chrétiens à s'unir avec confiance et avec une créativité consciente et responsable dans le réseau de relations que l'ère numérique a rendu possible. Non pas simplement pour satisfaire le désir d'être présent, mais parce que ce réseau est une partie intégrante de la vie humaine. Le web contribue au développement de nouvelles et plus complexes formes de conscience intellectuelle et spirituelle, de conviction partagée.

Benoît XVI (45ème Journée Mondiale des Communications Sociales-2011)

Rechercher

Derniers Commentaires

Sur Facebook

Sur Twitter

FASM

BlasonFASM2-141x150

Forum : La Cité Catholique

 

http://www.cite-catholique.org/download/file.php?id=1142

 

Pour l'intelligence de la foi

Association EEChO

 

http://eecho.fr/wp-content/uploads/logoEEChO_web2.jpg

 

Enjeux de l'Etude du Christianisme des Origines


 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés