Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 22:53

pouce.pngPour nombre de personnes, la nouvelle année est l’occasion de bilans et de grandes résolutions. Pas pour moi. Enfin je croyais. Je me suis trouvé plutôt indifférent à ce changement d’année civile qui ne signifie pas grand-chose pour moi, sinon une occasion de voir des amis pour ce qui est, pour les autres, une occasion particulière. Bref, si tu me demandes, je te souhaiterai volontiers une bonne année, une bonne santé, et tout le tralala… comme je pourrai volontiers le faire n’importe quel autre jour de l’année. Les résolutions, c’est pareil : je les prends quand elles viennent. Et les bilans, ma foi, c’est plutôt pendant les temps forts de l’année liturgique, qui rythme beaucoup plus ma vie que l’année civile. Enfin, j’aime à le croire en tout cas.

Oui parce qu’en fait, là, je me suis un peu fait prendre par surprise. Après on dira que l’effet de masse c’est du flan, hein. Bref, voilà que moi aussi je me retrouve à faire un petit bilan, surtout parce que j’ai une fâcheuse tendance à la dispersion et que je n’en finis jamais de boire la tasse. Du moins j’ai l’impression.

Comme j'aime raconter ma vie et m'acheter une respectabilité à peu de frais (private joke, il se reconnaitra), je peux partager ça un peu avec toi. A ma vie de famille et mon boulot, s'ajoutent mes activités pour la paroisse, les responsabilités au sein de mon cher parti politique, que j’ai négligemment déserté et qu’il faudrait que j’assume un peu mieux (ou que j’assume au moins tout court), mon implication depuis quelques mois au sein du mouvement des chrétiens indignés, mon élection toute récente comme délégué du personnel pour quoi j’aimerais avoir un peu de temps de cerveau disponible, et bien sur le blog et tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin : radio, animations de forum et présence sur les réseaux sociaux… ça y est, y a un peu saturation. Enfin pas totalement, mais quand même, j’ai du tri et de la réorganisation à faire. D’autant que j’ai un autre important projet personnel, avec une amie, qui se concrétise en ce début d’année. Pour le timing, c'est une pure coïncidence de calendrier.

Alors voilà, je crois qu’il serait judicieux que Pneumatis disparaisse quelques temps de la toile. Ou se fasse un peu plus discret. L’expérience du jeûne d’internet pendant la première semaine de l’avent a pourtant été assez difficile pour moi (oui, je mesure l’absurdité de ce que je dis, tout à fait… et j’ai honte). Malgré tout, c’est aujourd’hui plus un besoin qu’un projet de mettre au placard un peu ma tenue de blogueur. Il y a le temps qu’on peut consacrer à chaque chose qui vient évidemment à manquer, mais il y a aussi le « temps de cerveau » et ce que ça dissimule finalement trop mal : le « temps de cœur » qu’on accorde à toutes ces choses. On fini par être tiède dans tout ce qu'on fait alors qu'on bout à l'intérieur.

Le hic, c’est qu’en y repensant, j’ai un besoin quasi vital d’écrire. Dans mon boulot – je développe des logiciels – je suis incapable de concevoir un algorithme ou une architecture de programme sans écrire des lignes de code. C’est une de mes grandes faiblesses professionnelles, qui j’espère est un peu compensée par mon aisance à visualiser les choses dès qu’elles sont écrites en code. Cela peut même arriver dans d’autres domaines, comme les simples relations personnelles, où parfois j’arrive mieux à exprimer ce que je veux dire par écrit. Pour l’intelligence de la foi, évidemment c’est pareil. Je suis incapable de penser rigoureusement les choses de la foi sans écrire. Et pire, j’ai peur qu’en arrêtant d’écrire j’arrête quasiment de lire, ou de questionner les écritures. Peut-être même de prier, à la fin. Ce qui serait tragique, évidemment : ce serait comme arrêter de manger. Si tu as lu mon précédent billet, j’ai reçu comme une colombe, par le baptême, et il faut que je lui donne des graines un peu tous les jours. Ça ne veut pas dire que j’ai besoin d’écrire tous les jours, mais j’ai besoin régulièrement de recharger le silo.

Heureusement, je ne vais pas m’arrêter d’écrire. C’est justement le « projet 2012 » que j’évoquais. Je vais écrire, mais d’une autre manière, plus longuement et moins publiquement. Au moins pour un temps. Et même si j’avais suffisamment de temps pour tout faire, comme je n’ai qu’un seul cerveau pour ça, je ne saurai sans doute pas me partager entre l’écriture sur le blog et ce projet là. Ma femme me répète sans arrêt que je ne sais pas faire deux choses en même temps, comme n’importe quel mec, paraît-il… Sur ce point au moins, je lui donne raison. J’ai besoin de concentration pour continuer à expérimenter quelque chose que j’ai à peine commencé à découvrir pendant l’année 2011 : la rigueur dans la durée. Ca veut dire me nourrir un peu moins sur le mode du fast-food (là c’est une métaphore, mais c’est vrai aussi au sens littéral, en fait).

Voilà. Pouce. Pause. Juste après un gros billet, ça me fait un peu drôle de te dire tout ça, un peu brutal même. Mais c’était déjà plus ou moins amorcé depuis un moment, par la force des choses. Pneumatis va se faire un peu plus discret. Il te dit qu’il t’embrasse quand même très fort, qu’il tient beaucoup à toi, et qu’il sera de toutes façons toujours un peu là, quelque part, à te cogiter un truc [Séquence émotion]. Et s’il revient la semaine prochaine parce qu’il a un truc urgent à dire, on ne sait jamais, ça ne changera rien à cette prise de distance nécessaire et globale avec le blog… cela relèvera juste de l’occasionnel ou de l’urgence. Pour l’heure – et c’est justement l’heure – Pneumatis s’en va dormir.

Oui : moi aussi je me fais peur quand je parle de moi à la troisième personne, mais ça participe un peu du processus de détachement, que veux-tu ! Allez... A+

Par Pneumatis - Publié dans : Mon blog et moi
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 12:55

Jonas.jpgQuand un sujet m’obsède, il m’obsède jusqu’au bout. Et celui-ci ne date pas de l’évangile d’aujourd’hui, quoique la coïncidence soit grande, mais du lendemain de Noël. Il m’a occupé à ce point l’esprit que même dans ces petits moments de détente où nous choisissons avec mon épouse une série à regarder ensemble, mes propositions en étaient influencées : sans chercher à savoir pourquoi, j’ai eu soudain envie de revoir de vieux épisodes de Columbo. Un cas d'école pour un freudien. Je n’ai fait le rapprochement qu’hier sur l’homonymie, en préparant un peu mon sujet pour le blog-notes de Radio Notre Dame. De quoi je parle, te demandes-tu ? Mais de la colombe, mon ami ! De cette figure de l’Esprit qui descend sur Jésus au moment de son baptême… de ce symbole devenu, une fois sécularisé, celui de la paix. Oui, depuis une semaine, la figure de la colombe m’obsède, et à sa source, le fameux « signe de Jonas ».

L’actualité religieuse, disons-le comme ça, a rejoint mon obsession au 1er janvier, avec la 45ème journée mondiale pour la paix. Colombe, symbole de paix donc… soit. Mais c’est surtout et essentiellement dans l’évangile d’aujourd’hui que ma quête de sens sur la colombe trouve son accomplissement. Au départ, j’ai juste eu une sorte de flash : nous étions en voiture avec toute ma petite famille, écoutant à la demande de mon fils un CD qui raconte la Bible aux enfants (et qui se trouve être très bien réalisé). Au sortir d’un virage, voici que démarre l’histoire du prophète Jonas gobé par le gros poisson. Traditionnellement dans la pensée chrétienne, on y lit une évocation de la mort et de la résurrection, suivant d’ailleurs l’allusion qu’en fait Jésus dans les évangiles, en particulier celui de Mathieu.

Il leur répondit : « Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne sera donné que celui du prophète Jonas. Car Jonas est resté dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits ; de même, le Fils de l'homme restera au coeur de la terre trois jours et trois nuits. (Mathieu 12, 39-40)

Oui mais là, d’un seul coup, dans le grand alléluia d'un choeur d'anges, et l'éclatante lumière qui va avec, même si pour l’occasion elle venait surtout des pleins phares de la voiture d’en face, l’histoire m’évoque soudain autre chose que la résurrection du Christ. Ou plutôt, quelque chose de beaucoup plus précis : la vie sacramentelle dans laquelle nous entrons par le baptême. L’esprit, sous la forme d’une colombe, qui descend, que dis-je, qui pénètre, dans la vie de l’homme et qui la vocationne (oups), la sacramentellise (re-oups), la consacre à l’appel de Dieu (comme ça, j’en aurai au moins un qui ne sera pas un odieux barbarisme). Bon là, évidemment, si tu ne sais pas qu’en hébreu « Jonas », ça signifie « colombe », tu ne dois rien capter du tout. Voilà, comme ça, c’est dit. Quant à la mer, dans la tradition hébraïque, elle est généralement symbole de mort ; d’où le rapprochement entre les trois jours passés par Jonas dans le ventre du poisson et la descente du Christ aux enfers avant sa résurrection le troisième jour. Le problème, c’est que je me suis rendu compte que cette lecture ne signifiait pas grand-chose pour moi. En gros, elle ne parlait pas à ma pauvre intelligence à qui il faut expliquer parfois longtemps les choses.

Alors la mer est certes un symbole de mort, mais pas tel que nous comprenons la mort en première approche (décès, etc…). D’ailleurs, si tu comprends juste la mort comme le décès, tu dois te frotter la tête violemment quand on te parle d’être baptisé dans la mort de Jésus. Cela vient de ce qu’il faut la comprendre plutôt comme la « mort qui est entrée dans le monde » suite au péché originel. Il s’agit plus explicitement du règne de la mort, en tant qu’il se distingue du règne de Dieu (alias la vie éternelle, alias le royaume de Dieu, tout ça). Il s’agit de notre vie ici-bas, notre vie terrestre, mortelle. Ici-bas, nous vivons dans la mort, si j’ose dire. Telle est notre condition déchue. De sorte que la « mort de Jésus » dans laquelle nous sommes baptisés, est bien plus que son « dernier souffle » sur la croix : elle décrit sa kénose dans son entier, de son incarnation à sa résurrection.

La mer symbolise plus particulièrement un des aspects de cette condition mortelle, qu’est la réalité sensible dans laquelle nous sommes incarnés. C’est finalement très difficile à expliquer, et peut-être que pour bien le comprendre, il faut examiner la mer en regard de l’esprit qui tantôt plane au-dessus d’elle (Genèse 1, 2), ou tantôt descend sous la forme d’une colombe sur Jésus qui émerge de l’eau du baptême (cf. l'évangile d'aujourd'hui). On retrouve encore cette colombe envoyée par Noé pour savoir si le niveau des eaux du déluge a baissé, et bien sûr, on la retrouve figurée par Jonas (je sais, c’est une figure à tiroirs) qui plonge dans la mer déchainée. La colombe, figure de l’Esprit, se distingue des mayim (les eaux) comme le ciel se distingue de la terre. Tout simplement parce que la colombe figure plus précisément la vie spirituelle (dans le monde intelligible) tandis que les eaux figurent la vie dans le monde sensible. Et la rencontre de ces deux vies, l’institution de cette rencontre telle un mariage qui ouvre sur une nouvelle forme de vie, c’est justement le baptême.

Alors, je détaille un peu quand même, histoire de ne pas avoir torturé les saintes écritures en vain. J’ai déjà dit que la colombe, en hébreu, ça se dit Yonah, qui a donné Jonas, le nom du prophète. La colombe, nous l’avons vu, est l’oiseau qu’envoie Noé pour voir s’il va pouvoir faire « atterrir » l'arche. Dans la loi de Moïse, qu’on retrouve tout spécialement évoquée dans l’évangile de Luc après la naissance de Jésus, la colombe est aussi un animal qu’on sacrifie à l’occasion des rituels de purification. La plupart du temps, il est question d’offrir deux tourterelles ou deux jeunes colombes (ben’Yonah), l’une en sacrifice expiatoire et l’autre en holocauste. Je ne vais pas te refaire en détail tous les développements auxquels cette piste m’a conduit, particulièrement quand j’ai confronté les interprétations rabbiniques de ces rituels avec la formule célèbre de Jésus « c’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices », parce que la distinction entre le sacrifice expiatoire et l’holocauste sont moins dans le sujet qui m'occupe. Mais ce qu’il faut en retenir ici, c’est qu’il y a un très net rapport dans le sacrifice de la colombe avec la miséricorde divine et l’expiation qu’elle appelle. On retrouve finalement ça dans le cantique de Jonas au terme des trois jours qu’il passe dans les entrailles du poisson. Cette miséricorde, que les Saintes Ecritures vont jusqu’à évoquer comme le « repentir » de Dieu (dans le livre de Jonas) est aussi l’arrière-fond du déluge et de l’alliance avec Noé, lorsque Dieu semble comme se repentir de ce si sévère châtiment. Quand on y pense, c’en est d’ailleurs profondément émouvant.

Un autre élément de clarification de cette symbolique de la colombe se retrouve chez Isaïe. Quelle n’a pas été ma surprise quand, parmi les nombreuses références à Yonah dans la Bible, j’y ai lu le prophète évoquant les « gémissements » de la colombe, dans la traduction de la Bible de Jérusalem notamment. Je ne sais pas pour toi, mais pour moi une colombe ça roucoule, et imaginer une colombe qui gémit me demande un petit effort d’imagination. Dans la traduction du Rabbinat en Isaïe 38, 14 on s’est d’ailleurs fendu de cette précision, en ajoutant au « gémissement » le « roucoulement », ce qui tend selon moi à noyer un peu le poisson. Isaïe 59, 11 ne laisse en revanche aucun doute. C’est qu’en fait de gémissements, nous avons la même racine hébraïque utilisée dans les deux versets, hagah, qui évoque le murmure d’une pensée intérieure, une méditation. Et finalement, on se rend vite compte quand on rapproche la colombe de sa symbolique, que la meilleure interprétation de ce « gémissement de la colombe » dans Isaïe, c’est Saint Paul qui nous la donne, en Romains 8, 26 : L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables. Voilà ce que sont les « gémissements » de la colombe d’Isaïe, et qui nous ramènent à l’Esprit. L’allusion de Paul est claire et sans bavure.

Revenons à Jonas. Le prophète est donc une figure… de la figure… de l’Esprit. Et le Seigneur ne choisis pas ses serviteurs au hasard. Autrement dit, regardons pourquoi ce même Jonas était fils d’Aminataï, qui signifie « véridique » : un esprit engendré de la vérité, un esprit vrai… Dans un autre genre, quand Jésus appelle le primat des apôtres du Christ, premier des papes, Simon Pierre, il le nomme non seulement Pierre (et sur cette pierre je batirai mon Eglise), mais également quand il confessera que Jésus est le messie, le fils du Dieu vivant : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Ce fils de Jonas donné par Jésus, on ne sait en réalité s'il s'agit de l'ascendance véritable de Simon, puisque subsiste un doute dans l'évangile de Jean, pour lequel on trouve parfois, y compris dans de très anciennes versions grecques et chez certains Pères de l'Eglise, un Simon, fils de Jean (qui n'a pas la même signification). Mais ce que l'on sait, c'est que Jésus l'appelle ainsi quand Simon fait sa confession, et que cet héritage est explicité comme le disposant à recevoir une révélation du Père des cieux. 

Mais revenons à Jonas, j’ai dit ! L’aventure de Jonas avec la tempête en mer et sa prière offerte en reconnaissance de la miséricorde divine, au bout de trois jours dans les entrailles du poisson, est comme un zoom sur ce qu’est au fond la vie sacramentelle. La vie de l’esprit, dont toi, moi et tous les enfants de Dieu sommes dotés, est comme Jonas : récalcitrante, détournée de sa vocation, elle engendre le chaos. Il faut d'abord qu’elle s’incarne dans la vie d’ici-bas, dans le monde sensible. Il y a donc d’abord une sorte d’unité à trouver entre la vie intérieure, du domaine intelligible, et la vie sensible. C’est la condition de la paix. Et d’ailleurs, si tu relis bien Jonas, tu trouveras presque mot pour mot, décrit l’épisode de la tempête apaisée dans les évangiles : Jésus qui dort dans le bateau pendant la tempête, avec ses disciples qui paniquent et l’interpellent vivement. Jonas aussi dort pendant la tempête dans le bateau qui menace de se briser, et les marins paniqués l’obligent à se bouger le derrière. Jésus se lève et interpelle la tempête, qui s’apaise aussitôt. Jonas, lui, plonge dans la mer et la tempête se calme. La vie intérieure, pleinement harmonieuse en Jésus mais corrompue en Jonas, doit pénétrer et féconder la vie charnelle pour que l’arche (une figure de la raison, mais c’est un peu long à expliquer) dans laquelle nous sommes embarqués, depuis que Noé est descendu de la sienne, puisse voguer dans la paix. Voilà seulement, à mon avis, en quoi la colombe peut être considérée comme un signe de paix. La tempête est d’autant plus importante dans la vie sacramentelle que si le premier apôtre, Simon Pierre, est fils de la colombe, les deux autres colonnes de l’Eglise que sont Jacques et Jean, sont appelés de la même manière les fils du tonnerre. Nous voyons bien que nous sommes là au cœur de ce qui fonde l’Eglise, la fameuse barque de Pierre.

Mais ce n’est pas tout. Ce récit évangélique de la tempête apaisée, qu’on trouve en Marc 4, 36 et en Mathieu 8, 24, est signifiant à bien des égards. Il commence par cette injonction de Jésus : passons sur l’autre rive. Ce qui, a priori, tout seul comme ça, ne veut strictement rien dire. Sauf si le seul fait de changer de rive a de l’importance. Trouver un autre rivage, c’est une conversion. Particulièrement quand il s’agit pour les disciples de Jésus de débouler chez les païens (les Gadaréniens), comme Jonas qui fuyait sa mission dans la capitale du monde païen, puis qui est finalement vomi par le poisson sur une rive, en direction de celle-ci. Il y a une conversion. Une vie qui change de direction. En recoupant ces deux récits, nous pouvons voir en détail tout ce que la descente de la colombe implique dans notre vie. « Hommes de peu de foi », dit Jésus à ses disciples dans la tempête. Jonas lui a prié : « Quand mon âme, dans mon sein, allait défaillir, je me suis ressouvenu de l'Eternel, et ma prière a monté vers toi, vers ton sanctuaire auguste. » (ou « dans ton temple saint » selon les traductions). Tandis que la colombe/Jonas pénètre dans les entrailles du poisson (il faudrait faire un autre billet sur la symbolique du poisson – premier symbole des chrétiens, avant la croix) au fond de la mer, la prière de Jonas pénètre dans le temple Saint. Ce temple, je suis un peu obligé de le rappeler, c’est le corps. C’est du moins ce que nous enseignera Jésus dans l’évangile de Jean, et que confirmera Saint Paul : le corps est le temple de l’Esprit. La prière peut alors être comprise, grâce au livre de Jonas, comme une mise en acte élémentaire, sous l'action de la grâce, des cris inexprimables de l’Esprit en nous, lesquels cris rejoignent ainsi le corps. Ce que dit Saint Paul quand il parle de ces cris inexprimables qui viennent à notre secours, parce que nous ne savons pas prier comme il faut. La prière se fait mariage de l’esprit et du corps. Ce sera aussi l’une des fonctions de la liturgie.

Revenons au sacrement lui-même. Car il reste que le fameux « signe de Jonas », dont parle Jésus à cette génération infidèle et méchante qui demande un signe, ressemble quand même bien à ce que nous connaissons de la mort et de la résurrection de Jésus. Mais précisément ! C’est là tout le sens du baptême. Etre « signe » de la vie éternelle. Quand nous disons que par le baptême nous sommes plongés dans la mort et la résurrection du Seigneur, c’est ma petite colombe, ma parfaite, ma bien-aimée, qui épouse ma vie charnelle, et qui lui donne un sens. Ma vie ici-bas, cette mer déchainée, peut enfin s’apaiser : je suis converti, baptisé, et je peux enfin ressusciter. Car la résurrection n’est, finalement, ni plus ni moins que ce que nous promet le baptême.

Sur un plan plus eschatologique, il nous faut aussi regarder cette histoire des trois jours. Le prophète Osée nous dit ceci, qui évoque tout autant Jonas que la vie de l’humanité depuis la chute d’Adam jusqu’à la résurrection du Christ :

« 1 Allons, retournons à l'Eternel, car a-t-il déchiré, il nous guérira aussi, a-t-il frappé, il pansera nos blessures! 2 [Déjà] au bout de deux jours il nous aura rendu la vie; le troisième jour il nous aura relevés, pour que nous subsistions devant lui. 3 Tâchons de connaître, hâtons-nous de connaître l'Eternel: son apparition est certaine comme celle de l'aurore, il vient à nous comme la pluie, comme la pluie d'arrière-saison qui abreuve la terre. » (Osée 6, 1-4)

La vie de l’humanité déchue semble se décliner en trois jours. Plus exactement, si on en croit les prophéties de Daniel ou encore l’Apocalypse de Jean, en 3 temps et demi. Un temps, deux temps et un demi-temps. 42 mois. 1260 jours. C’est la structure du monde temporel qui nous est ainsi décrite. Le temps étant une succession d’instants, tout instant est d’abord le suivant d’un autre. Sauf un : le premier de la création du temps. Ce « premier temps » est bibliquement représenté par l’avant-Déluge : les Ecritures et Jésus lui-même utilisent souvent cette allusion « comme au temps de Noé ». Le deux temps suivant évoquent la succession des instants et la cyclicité, sinon même la redondance de notre condition ici-bas. Quant au dernier demi-temps, il se distingue des autres en ce qu’il est bien précédé d’un temps, mais ne s’achève jamais : c’est le temps de la vie éternelle. Dans la théologie chrétienne, on appelle cette structure du temps : éviternité.

Nous avons sensiblement la même structure avec les 3 jours de Jonas et de Jésus. Cette condition humaine, elle est d’abord une descente aux enfers, une chute, un plongeon. C'est le premier jour. Le second jour est un retour à la vie – et le prophète Osée nous permet de retrouver cette redondance, ou cette multiplicité des temps que comporte ce retour à la vie en précisant : au bout de deux jours. Le troisième temps marque finalement le salut et l’entrée dans la vie éternelle. Si ces trois jours et ces trois nuits semblent présenter une figure moins achevée que les 1260 jours de l’apocalypse (1 année, 2 années et une demi-année, de 360 jour chacune), c’est uniquement parce que nous ne sommes pas sur le même plan. Avec Daniel ou l’Apocalypse, nous sommes sur le plan métaphysique de l’eschatologie chrétienne. Avec les 3 jours de Jonas et de Jésus, nous sommes sur le plan moral de cette eschatologie – du point de vue de l’homme, en quelques sortes.

Bref, tout ça pour dire que nous sommes ici, toi et moi, dans le ventre du poisson. Il nous faut nous convertir, pour être ensuite ramenés à la vie par le Seigneur. Fin de l'histoire.

Tout ça pour ça ??? Oui, je sais, cela te parait simple finalement. Pas besoin d’en faire des caisses d’herméneutique. Mais ce qui te parait simple parce qu’on t’as sans doute rabâché les oreilles avec pendant la messe ou les cours de caté, n’est pas pour autant limpide pour l’intelligence, même catéchisée. Et d'ailleurs, Jésus devra l’expliquer à l’un des hommes les plus intelligents de son temps, présenté comme « le maître d’Israël », je veux parler bien sur de Nicodème. Nul ne peut entrer dans le royaume des cieux à moins de renaitre de l’eau et de l’esprit ! Si ce n’était pas évident pour Nicodème, comment cela le serait-il pour nous ? Alors laisse-moi te le redire : renaitre de l’eau et de l’esprit. Comment cela est-il possible sinon en laissant plonger l’esprit (la colombe) dans la mort (l’eau déchainée), en écoutant ses cris inexprimables qui nous retournent par la prière vers Dieu le miséricordieux, pour qu’enfin nous atteignions l’autre rive et que nous puissions aller porter la parole de Dieu au reste de l’humanité. Toute la vie sacramentelle est là ! Toute entière. Du baptême à la résurrection, tel est le seul et unique sens de la vie. Et tel est le signe de Jonas.

Ce signe de Jonas est si important dans la tradition judéo-chrétienne que Jésus l’évoquera comme prototype du jugement dernier. Et le jugement est dur, pour celui qui a reçu l'appel et s'en est détourné ! On retrouve dans sa parole sur le signe de Jonas, un complément pour l’intelligence qui fait que finalement il achèvera de présenter la vie sacramentelle sous toutes les approches possibles. Il s’agit d’une compréhension du salut, toujours anthropologique, mais suivant une approche plus « ontologique », cette fois-ci. Jésus compare le signe de Jonas au fils de l’homme qui doit demeurer trois jours et trois nuits dans les entrailles de la terre. Le fils de l’homme : c’est-à-dire l’homme en acte, dans la culture hébraïque. Et les entrailles de la terre, c’est-à-dire l’homme en puissance. Ceci signifie que le salut, l’esprit qui féconde ultimement la vie de l’homme, fait passer la nature humaine de la puissance à l’acte. C’est ainsi qu’est la résurrection. Au plan du corps, c’est ce qui transforme le corps mortel en corps glorieux. De la puissance à l’acte pur.

Et c’est donc la volonté, condition de l’acte,  libre et nourrie de la grâce, qui est comme enfantée de ce mariage de la colombe et des eaux. Cette volonté qui reçoit sa vocation par le baptême à entrer dans la miséricorde du Seigneur. De l’état informe et vide où l’esprit planait au-dessus des eaux, la colombe doit descendre, pénétrer les eaux, et alors il en émerge l’homme ressuscité, comme sorti d’un autre sein maternel… tout cela est en puissance dans l’initiation à la vie sacramentelle, et c’est pourquoi c’est un signe : le signe de Jonas. Avec l’entrée dans le baptême, la vie humaine devient signe pour la vie humaine. La vie prend son sens, tout simplement. Signifiée et signifiante, elle nous engage à passer pas à pas dans l’acte pur, jusqu’en devenir la plénitude dans la vie éternelle.

Par Pneumatis - Publié dans : Foi et raison
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 13:50

chretiensindignonsnous.jpgHier nous apprenions la mort de Vaclav Havel, ardent défenseur de la démocratie dans un pays sous dictature communiste. A l’instar de Lech Walesa en Pologne, voilà un homme qui s’est battu contre l’oppression, contre une dictature et, ce qui reviendrait pratiquement au même : pour la démocratie. Le rideau de fer est tombé, la révolution de velours a bouleversé l’organisation géopolitique en Europe, mais la démocratie a-t-elle gagné ?

Ne regardons plus seulement la Pologne ou la République Tchèque, mais le monde occidental. La démocratie a-t-elle gagné ? Pas si on en croit la génération qui se lève, de partout et sans se limiter aux quelques bribes d’informations qu’on en relève dans les médias. Un large courant est en train de s’organiser, celui des indignés, celui d’Occupy Wall Street, et qui fait des petits dans tous les pays du monde, du Honduras à la Nouvelle-Zélande, en passant par l’Irlande et la plupart des pays d’Europe, avec bien sur l’Espagne en tête d’un combat pour la « démocratie réelle ». L’Asie est encore peu concernée, occupée, tout comme le monde Arabe et plusieurs pays d’Afrique, par d’autres formes de combats pour la démocratie. Oui, le mouvement Occupy / indignés concerne principalement le monde dit occidental, ou ce qui s’y rattache culturellement. Pourquoi ? Parce qu’il cible une forme particulière d’oppression, de dictature, plus vicieuse sans doute que celles que l’on a déjà connues, puisqu’elle se pare des atours de la démocratie : il s’agit des technocraties occidentales, dictatures de la finance et du matérialisme.

Dans ce combat, les chrétiens ne sauraient rester indifférents. Dépositaires d’un héritage millénaire et toujours bien vivant, nous avons la responsabilité de nous engager en première ligne dans cette révolution qui se prépare. Car cette révolution se fera, avec ou sans nous, et il n’appartient qu’à nous qu’elle soit de velours ou d’acier. Faire tomber ce qu’on peut appeler aujourd’hui le veau d’or de la post-démocratie est incontournable. Mais on ne rase pas si ce n’est pour reconstruire ensuite. Et il est de notre responsabilité de chrétiens d’aider notre monde à reconstruire sur le roc. Sans spiritualité, sans charité dans la vérité, même les meilleures volontés du monde reconstruiront sur le sable. Nous pouvons et nous devons aider à balayer d’abord, et reconstruire sur le roc ensuite.

Si je te dis tout ça, c’est que j’ai rejoint le mouvement des chrétiens indignés, et te propose de signer son manifeste. Comme pour les autres mouvements d’indignés du monde entier, ça ne signifiera peut-être pas grand-chose pour toi… qu’un mouvement de plus. Peu importe, l'important est qu'il t’invite à t’engager dans le cœur-même de cette nouvelle révolution : changer ton mode de vie. Je te parlais à l’instant de Vaclav Havel, apôtre de la dissidence. La dissidence, aujourd’hui, elle n'est plus contre une dictature communiste. Elle est celle qui s’oppose au régime de la surconsommation, au matérialisme mercantile. La vraie dissidence aujourd’hui, c’est celle de la sobriété, celle de l’objection de croissance. Que puis-je changer aujourd’hui dans ma vie pour me rapprocher même de manière infime de la pauvreté évangélique ? Que puis-je partager un peu plus ? A quel besoin matériel puis-je renoncer ? Et demain, quel autre ? Quelle parole, quel témoignage de vie puis-je donner ? Voilà ce que les chrétiens indignés veulent se poser comme question chaque jour. Voilà comment nous voulons avancer, pas à pas, pour révolutionner le monde.

En signant le manifeste des chrétiens indignés, en joignant ton témoignage de conversion à ceux qui se nourrissent de l’évangile, non seulement dans leur relation à Dieu, mais également au quotidien dans leur rapport à leur prochain et à la création, tu peux révolutionner le monde. La signature électronique, elle est évidemment symbolique. Quoiqu’utile si tu souhaites rester en contact avec le mouvement. Bref. Ce qui est important, c’est que nous sommes conscients de nos limites, humbles devant nos impuissances à changer telle ou telle habitude, mais chaque jour, nous avons décidé d’essayer, de faire un pas et de témoigner. Il y a 800 ans, un grand saint, François d'Assise a fait ce saut radical dans la vie évangélique et s'est fait pauvre entre tous.

Quel rapport avec la post-démocratie, me diras-tu ? Je te l’ai dit, cette conversion de vie est aujourd’hui une arme plus révolutionnaire que jamais contre ce qui bâillonne la démocratie : la dictature technocratique du matérialisme mercantile. Peut-être as-tu du mal à croire à cette révolution à venir. Tu m'excuseras, je m'exerce un peu au prophétisme. Blague à part, moi aussi je préfère parler de conversion que de révolution. Mais si dans nos cœurs et dans nos vies quotidiennes il s’agit bien d’une conversion, la portée de ces conversions annonce pourtant bien une vraie révolution. Regarde, et projette-toi…

La gratuité annonce mathématiquement une libération du pouvoir politique de la domination des indicateurs économiques et financiers. La sobriété annonce une sortie des guerres de l’énergie, pétrole et nucléaire en tête, et une pacification des relations internationales. La solidarité annonce un revers salvateur de cet utilitarisme qui réduit la personne humaine à une marchandise, et qui élimine les plus vulnérables ou, pour le dire dans son langage, les inutiles. Tout cela sur fond d'une sauvegarde urgente de la création, pour nous et pour les générations futures. C’est pour garantir tout cela que les chrétiens ont le devoir d’être aux avant-postes de cette révolution. Comment sinon, quand se posera la question de l’après, pourrons-nous avoir à une parole crédible? Comment pourrons-nous proposer le seul roc sur lequel bâtir si nous ne l’avons pas d’ores et déjà fait connaitre comme le bras de la justice qui renverse les puissants de leurs trônes. Comment empêcher qu'une autre forme de dictature encore plus pernicieuse ne succède à celle-ci ?

Bon voilà, je me suis suffisamment improvisé prophète pour une seule journée. Je t’invite juste, tu l’as compris, à joindre ton témoignage à celui des chrétiens indignés, à distribuer ce manifeste autour de toi et bien évidemment à te ressourcer dans l’évangile pour changer ton quotidien, à ton humble niveau, comme moi au mien. Avec les limites, les défauts, tout ça… oui, on n’est pas des saints, hein. Mais au moins on essaie.

Le manifeste en PDF, c’est ici.

Les témoignages en PDF, c’est ici.

Pour joindre ton témoignage, c’est ici.

PS : Pour qu'il n'y ait pas de malentendu, par ce billet je n'entends pas te donner une leçon de vie, à toi lecteur. Ca ne paraît peut-être pas évident, mais cette exhortation je me la destine en premier lieu à moi. Ce mouvement auquel je m'associe n'est pas une occasion de plus d'occuper mes journées, déjà bien chargées par ailleurs. Crois-moi, je préfèrerais mener une vie bien pépère sans me poser trop de questions... Mais l'évangile qui me nourrit, et qui te nourrit également je l'espère, est comme un feu qui brûle mais ne consume pas (oui, je sais, ce n'est pas moi qui l'ai inventé). Il est là, qui secoue de l'intérieur, qui pousse à se convertir, à agir et à servir. Je ne lui obéis malheureusement pas toujours, loin de là. Et surtout pas toujours bien. Mais j'essaie, et me vois dans l'obligation de me comporter  humblement, même si ça paraît contradictoire dit comme ça, comme sel de la terre et lumière du monde. Sel de la terre, et lumière du monde. Quelle responsabilité écrasante ! Quels changements urgents dans ma vie quotidienne !

Par Pneumatis - Publié dans : Société
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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 06:00

immaculee_conception.jpgPour ce 8 décembre, fête de de l'Immaculée Conception de la très Sainte Vierge Marie, je souhaitais juste partager un petit morceau de cette merveilleuse lettre apostolique du pape Pie IX, Ineffabilis Deus, qui proclame et définie ce dogme de l'Eglise Catholique.

Parce que cette fête est d'une grande solennité, la même solennité que la fête de la Nativité, et parce que la contemplation de cette vérité révélée par Dieu nous submerge par sa beauté, je voulais juste te confier en particulier un passage, magnifique, dans lequel, reprenant à son compte ce que ses prédecesseurs et les Pères de l'Eglise ont pu dire avant lui, le pape Pie IX dit ceci :

 

Viennent enfin les plus nobles et les plus belles expressions par lesquelles, en parlant de la Vierge, ils ont attesté que, dans sa Conception, la nature avait fait place à la grâce et s'était arrêtée tremblante devant elle, n'osant aller plus loin. Il fallait, disent-ils, avant que la Vierge Mère de Dieu fût conçue par Anne, sa mère, que la grâce eût fait son œuvre et donné son fruit ; il fallait que Celle qui devait concevoir le premier-né de toute créature fût elle-même conçue première-née. Ils ont attesté que la chair reçue d'Adam par la Vierge n'avait pas contracté les souillures d'Adam, et que pour cette raison la Vierge Bienheureuse était un tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par le Saint-Esprit, d'un travail aussi beau que la pourpre, et sur lequel ce nouveau Béséléel (Exode XXXI, 2) s'était plu à répandre l'or et les plus riches broderies ; qu'elle devait être célébrée comme Celle qui avait été la première œuvre propre de Dieu, comme Celle qui avait échappé aux traits de feu du malin ennemi, et qui, belle par nature, ignorant absolument toute souillure, avait paru dans le monde, par sa Conception Immaculée, comme l'éclatante aurore qui jette de tous côtés ses rayons. Il ne convenait pas, en effet, que ce vase d'élection subît le commun outrage, puisqu'il était si différent des autres, et n'avait avec eux de commun que la nature, non la faute ; bien plus, comme le Fils unique a dans le ciel un Père, que les séraphins proclament trois fois saint, il convenait absolument qu'il eût sur la terre une Mère en qui l'éclat de sa sainteté n'eût jamais été flétri. Et cette doctrine a tellement rempli l'esprit et le cœur des Anciens et des Pères que, par un langage étonnant et singulier, qui a prévalu parmi eux, ils ont très souvent appelé la Mère de Dieu Immaculée et parfaitement immaculée, innocente et très innocente, irréprochable et absolument irréprochable, sainte et tout à fait étrangère à toute souillure de péché, toute pure et toute chaste, le modèle et pour ainsi dire la forme même de la pureté et de l'innocence, plus belle et plus gracieuse que la beauté et la grâce même, plus sainte que la sainteté, seule sainte et très pure d'âme et de corps, telle enfin qu'elle a surpassé toute intégrité, toute virginité, et que seule devenue tout entière le domicile et le sanctuaire de toutes les grâces de l'Esprit-Saint, elle est, à l'exception de Dieu seul, supérieure à tous les êtres, plus belle, plus noble, plus sainte, par sa grâce native, que les chérubins eux-mêmes, que les séraphins et toute l'armée des anges, si excellente, en un mot, que pour la louer, les louanges du ciel et celles de la terre sont également impuissantes. Personne, au reste, n'ignore que tout ce langage a passé, comme de lui-même, dans les monuments de la liturgie sacrée et dans les offices de l'Eglise, qu'on l'y rencontre à chaque pas et qu'il y domine ; puisque la Mère de Dieu y est invoquée et louée, comme une colombe unique de pureté et de beauté ; comme une rose toujours belle, toujours fleurie, absolument pure, toujours immaculée et toujours sainte, toujours heureuse, et qu'elle y est célébrée comme l'innocence qui n'a jamais été blessée ; enfin, comme une autre Eve, qui a enfanté l'Emmanuel.

 

De la lettre apostolique Ineffabilis Deus, du Bienheureux Pape Pie IX pour la définition et la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, le 8 décembre 1854.

Joyeuse fête de l'Immaculée Conception.

Par Pneumatis - Publié dans : Oraison
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Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 13:04

areva_niger.jpgIl paraît que la question du nucléaire s’est invitée au cœur de la campagne présidentielle, ce serait donc idiot de ne pas en parler. Bon, je dis ça parce que c’était encore le sujet d’une de mes récentes interventions dans le blog-notes de Radio Notre Dame, et que, là encore, en 4mn il est difficile de rentrer dans les détails. Faisons un petit tour d’horizon, donc de la question et de ce qui gravite autour, des accords PS-EELV aux actions coup de poing de Greenpeace, en passant par les réactions de Nicolas Sarkozy.

Le raisonnement de droite de base sur l’énergie nucléaire c’est qu’à quantité équivalente de matière première, on tirera toujours plus d’énergie (et dans des proportions confortables) de l’uranium que de toute autre énergie fossile connue à ce jour. Il reste ensuite à comparer les coûts d’extraction, de transformation des matières premières en énergie et de gestion des déchets, tant au niveau infrastructures et qu’au niveau main d’œuvre, pour savoir si réellement le nucléaire est moins coûteux que les autres ressources énergétiques. En l’état, c’est clairement le cas. Le problème c’est de savoir si ce que nous faisons actuellement, et qui est si avantageux pour notre pays, est juste et bon. Ah bah oui, hein, dis comme ça…

Greepeace a orienté sa récente action coup de poing sur un axe : celui de la sécurité ou de l’insécurité pour la population française. C’est une des questions : en effet, il faut regarder si, en s’évitant de jouer au poker avec des millions de vies humaines, le nucléaire reste aussi avantageux. Bon, je ne suis pas plus un fan de cet angle d’attaque, que quand un candidat Sarkozy ou un candidat Le Pen surfe sur les peurs des français et agitent des menaces potentielles en scandant des hymnes sécuritaires. On peut dire que là-dessus, Greenpeace s’est mis au niveau de son interlocuteur et ce n’est pas forcément idiot du point de vue de l’efficacité à court terme, même si ça n’a du coup plus rien de pédagogique. En réalité, à se focaliser là-dessus, on exploite encore un peu plus le petit égoïsme franco-français en lui faisant peur, alors que les questions humaines et environnementales que pose l’utilisation de l’énergie nucléaire nécessitent, d’après moi, de sortir un peu de cet entre-soi. Mais Greepeace n’a pas fait que cela. Quand l’organisation n’attire pas notre attention sur le traitement des déchets nucléaires (autre problème), et avant de s’être battu à la cour de justice européenne contre la recherche sur les cellules souches embryonnaires (je sais, ça n’a rien à voir, mais c’est pour faire un petit rappel salutaire), elle est aussi allée à la source du nucléaire… et justement, parlons maintenant de « la face cachée » ou plutôt celle que personne ne veut regarder, du nucléaire.

C’est là qu’il faut parler d’Eva Joly. C’est une personne pour qui je ne voterai pas, a priori, pour tout un tas de bonnes raisons, mais qui a le mérite de considérer assez globalement le problème du nucléaire. On pense ce qu’on veut de la dame, sur son patriotisme ou son accent, mais sur cette question-là, elle pointe des choses que j’aurais vraiment honte d’écarter, et dont sans elle ou sans Greenpeace, je n’aurais sans doute pas eu connaissance : le problème des mines d’uranium. Oui, parce que pour que nos centrales fonctionnent, mon ami, il leur faut de la matière première. Ce n’est pas magique. Et cette matière première est, et le sera encore plus très bientôt, principalement extraite des mines du Niger, qui succède au Gabon comme grande ressource en uranium pour Areva. Le Niger est un peu à l’uranium ce que l’Arabie Saoudite est au pétrole. A un détail prêt, toutefois : il ne semble pas en tirer le même profit. Pour commencer, le Niger est le 167ème pays sur 169 au classement de l’IDH (Indice de Développement Humain). Je le dis juste pour info, c’est aussi le pays qui a la plus grande fécondité du monde (7 enfants par femme en moyenne). Il se trouve qu’Areva, géant mondial du nucléaire, détient quasiment la totalité des capitaux des entreprises minières nigériennes et est le premier employeur du pays. Ajoutons pour rappel que le principal actionnaire d’Areva n’est autre que l’état français.

Le Niger, c’est aussi les rebellions des touaregs, par les armes ou le recours aux cours de justice européennes, dans tous les cas pour gagner en autonomie économique, réclamer qu’Areva cesse d’empoisonner leurs eaux, leurs terres et leurs populations,  et d’une manière générale lutter contre ce colonialisme occidental réorienté sur l’économique. Là-dessus la France s’est bien battue, notamment en participant activement à mâter les rebellions touaregs et sécuriser les installations minières. Elle a aussi bénéficié de l'aide précieuse d'un certain Kadhafi, pour mâter la rebellion de 2007. Et si si, le Niger est une nation indépendante depuis 1960. Je sais, dit comme ça, on ne dirait pas.

Nous avons là, donc, un aperçu des enjeux du nucléaire. Quand Nicolas Sarkozy brocarde le PS ou EELV en disant que sans le nucléaire nous reviendrions au moyen-âge ou à la bougie, j’aimerais bien qu’il aille faire un petit tour dans une des deux villes fondées par Areva dans le désert nigérien, ou aille prendre quelques repas sur le site d'Imouraren qui fera bientôt du Niger le deuxième producteur mondiale d’uranium, qu’il en profite pour parler un peu aux populations locales, et qu’il me dise si c’est à ça qu’il pense quand il s’inquiète du moyen-âge ? Je ne suis pas certain que là-bas, ce ne soit pas déjà pire que le moyen-âge. Je me fais peut-être des idées, hein, mais je n’ai pas l’impression qu’on empoisonnait massivement les eaux et la terre, au moyen-âge. Bon, par contre, qu’on y réduise en esclavage des populations indigènes, c’était plus courant. Mais là, il faudrait peut-être rappeler à Nicolas Sarkozy que c’est déjà le cas, loin là-bas. Et que c’est fait par une entreprise française nationale.

Je me demande donc tout simplement si le fait de s’assurer que l’extraction de l’uranium soit respectueuse de l’environnement (sic), des travailleurs (re-sic), de la démocratie et des droits de l'homme (burp), ou encore que le capital des entreprises minières revienne entièrement (et légitimement) aux nigériens, ne supposerait pas des infrastructures et des mesures de sécurité si sophistiquées qu’elles feraient grimper en flèche le prix de l’uranium. Des coûts de main d’œuvre aussi, si on inclut des salaires et indemnités décents pour les travailleurs, tout aussi pesants dans la balance finale. Ceci en comptant une revente de l’uranium au juste coût et sans évasion fiscale. Comment Areva n'a rien à faire dans des paradis fiscaux ? Mais pas besoin, mon ami : son principal actionnaire est la France, donc que l'état récolte par les dividendes ou par la fiscalité, peu importe, du moment que c'est la France qui engrange et pas le Niger.

Bref, il est vrai, cher monsieur Sarkozy, que lorsqu’on se contrefout aussi royalement de toute une population, du moment qu’on peut la presser jusqu’à en arracher l’écorce, on fait de grosses économies. Monsieur le président nous dit que l’économie de la France repose sur son « indépendance énergétique », que c’est grâce au nucléaire que nous sommes une nation économiquement forte… et ça ne lui donne pas un tout petit peu envie de vomir quand il regarde les conditions humaines et environnementales de cette situation ? A mon avis, comme il n’est pas aveugle, c'est qu'il souffre d'un autre problème digestif : il doit être si constipé qu’en avalant sa conscience un jour, il n’a jamais pu la récupérer.

Il me semble donc très pertinent que la question du nucléaire s’invite dans la campagne présidentielle. Aujourd’hui seule Eva Joly pointe le problème des mines d’uranium, et c'est encore elle qui se bat contre l’évasion fiscale et les diverses formes d’impérialisme économique qui sont causes de conflits meurtriers dans le monde, en plus d’être, dans ce cas précis, une atteinte gravissime à la Création. De prendre conscience de son implication dans cette cause permet aussi de mieux comprendre sa prise de distance d’avec les tergiversations entre le PS et EELV. Pendant qu’on négocie des sièges, des gens meurent, colonisés et exploités par la France.

Ce qu’en revanche je ne m’explique pas, c’est que des candidatures chrétiennes capables d’un certain génie économique par ailleurs, ou d’autres qui se revendiquent d’héritage chrétien, n’évoquent pas du tout cette question. Dans les grandes réflexions liées à l’énergie, on se tripote avec les questions de sécurité des centrales ou de stockage des déchets (qui sont néanmoins de vraies questions), mais on s’assoit complètement sur la question de l’extraction. Parce que ce n’est pas chez nous que ça se passe, ma bonne dame. Plus sérieusement, je crois que le politique doit prendre un peu de hauteur, surtout lorsqu’il est chrétien : si on commençait par arrêter de fantasmer sur une formule magique pour se gaver d’énergie et de confort,  sans avoir à trop pédaler pour le produire, hein ! Le seul principe de précaution devrait nous inviter à une conversion intellectuelle radicale et pourtant de bon sens, surtout pour les souverainistes de tous poils : s’en tenir à consommer l’énergie que nous sommes capable de produire ici et maintenant, et tant qu'à faire, dans le respect de la vie humaine (et donc de la création).

Quand le Pape appelle à une conversion de nos modes de vie, je crois bien que la question de l’énergie s’invite naturellement au centre de la réflexion, tant l’énergie est déterminante dans notre vie actuelle. Mais parce qu’un président et les ténors de son parti se sont assis sur leur conscience, nous en sommes encore à débattre pour savoir s’il faut sortir ou non du nucléaire, alors que les seuls débats à avoir devraient porter sur les méthodes pour sortir de cette situation au plus vite. Alors, puisque nous sommes en période de l’Avent, voici l’axe de ma méditation, ici : bien sûr, si Jésus devait naitre en France aujourd’hui (oui, je sais, ça n'a pas de sens comme hypothèse, mais je suis certain qu'avec un peu d'ouverture d'esprit, tu peux voir où je veux en venir, la dignité humaine, tout ça), il lui faudrait passer à travers les mailles de l’avortement légal, et d’une mentalité occidentale mettant la famille à mal. C'est une cause sur laquelle les chrétiens ont à s'engager. Mais dans le même ordre d’idée, s’il naissait aujourd’hui au Niger, je ne suis pas certain qu’il apprécierait plus d’être allaité au radon. Pourquoi ce parallèle ? Quel point commun entre les deux ? Juste que dans les deux cas, c’est nous, français, qui sommes responsables.

Par Pneumatis - Publié dans : Ecologie
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