Quand un sujet m’obsède, il m’obsède jusqu’au bout. Et celui-ci ne date
pas de l’évangile d’aujourd’hui, quoique la coïncidence soit grande, mais du lendemain de Noël. Il m’a occupé à ce point l’esprit
que même dans ces petits moments de détente où nous choisissons avec mon épouse une série à regarder ensemble, mes propositions en étaient influencées : sans chercher à savoir pourquoi, j’ai eu
soudain envie de revoir de vieux épisodes de Columbo. Un cas d'école pour un freudien. Je n’ai fait le rapprochement qu’hier sur l’homonymie, en préparant un peu mon sujet pour le blog-notes de
Radio Notre Dame. De quoi je parle, te demandes-tu ? Mais de la colombe, mon ami ! De cette figure de l’Esprit qui descend sur Jésus au moment de son baptême… de ce symbole
devenu, une fois sécularisé, celui de la paix. Oui, depuis une semaine, la figure de la colombe m’obsède, et à sa source, le fameux « signe de Jonas ».
L’actualité religieuse, disons-le comme ça, a rejoint mon obsession au 1er janvier, avec la 45ème journée mondiale pour la paix. Colombe, symbole de paix donc… soit. Mais c’est surtout et
essentiellement dans l’évangile d’aujourd’hui que ma quête de sens sur la colombe trouve son accomplissement. Au départ, j’ai juste eu une sorte de flash : nous étions en voiture avec toute ma
petite famille, écoutant à la demande de mon fils un CD qui raconte la Bible aux enfants (et qui se trouve être très bien réalisé). Au sortir d’un virage, voici que démarre l’histoire du prophète
Jonas gobé par le gros poisson. Traditionnellement dans la pensée chrétienne, on y lit une évocation de la mort et de la résurrection, suivant d’ailleurs l’allusion qu’en fait Jésus dans les
évangiles, en particulier celui de Mathieu.
Il leur répondit : « Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe, mais, en fait de signe, il ne sera donné que celui du prophète Jonas. Car Jonas est resté dans le ventre du monstre
marin trois jours et trois nuits ; de même, le Fils de l'homme restera au coeur de la terre trois jours et trois nuits. (Mathieu 12, 39-40)
Oui mais là, d’un seul coup, dans le grand alléluia d'un choeur d'anges, et l'éclatante lumière qui va avec, même si pour l’occasion elle venait surtout des pleins phares de la voiture d’en face,
l’histoire m’évoque soudain autre chose que la résurrection du Christ. Ou plutôt, quelque chose de beaucoup plus précis : la vie sacramentelle dans laquelle nous entrons par le baptême. L’esprit,
sous la forme d’une colombe, qui descend, que dis-je, qui pénètre, dans la vie de l’homme et qui la vocationne (oups), la sacramentellise (re-oups), la consacre à l’appel de Dieu (comme ça, j’en
aurai au moins un qui ne sera pas un odieux barbarisme). Bon là, évidemment, si tu ne sais pas qu’en hébreu « Jonas », ça signifie « colombe », tu ne dois rien capter du tout.
Voilà, comme ça, c’est dit. Quant à la mer, dans la tradition hébraïque, elle est généralement symbole de mort ; d’où le rapprochement entre les trois jours passés par Jonas dans le ventre du
poisson et la descente du Christ aux enfers avant sa résurrection le troisième jour. Le problème, c’est que je me suis rendu compte que cette lecture ne signifiait pas grand-chose pour moi. En
gros, elle ne parlait pas à ma pauvre intelligence à qui il faut expliquer parfois longtemps les choses.
Alors la mer est certes un symbole de mort, mais pas tel que nous comprenons la mort en première approche (décès, etc…). D’ailleurs, si tu comprends juste la mort comme le décès, tu dois te
frotter la tête violemment quand on te parle d’être baptisé dans la mort de Jésus. Cela vient de ce qu’il faut la comprendre plutôt comme la « mort qui est entrée dans le monde » suite
au péché originel. Il s’agit plus explicitement du règne de la mort, en tant qu’il se distingue du règne de Dieu (alias la vie éternelle, alias le royaume de Dieu, tout ça). Il
s’agit de notre vie ici-bas, notre vie terrestre, mortelle. Ici-bas, nous vivons dans la mort, si j’ose dire. Telle est notre condition déchue. De sorte que la « mort de Jésus » dans laquelle
nous sommes baptisés, est bien plus que son « dernier souffle » sur la croix : elle décrit sa kénose dans son entier, de son incarnation à sa résurrection.
La mer symbolise plus particulièrement un des aspects de cette condition mortelle, qu’est la réalité sensible dans laquelle nous sommes incarnés. C’est finalement très difficile à expliquer, et
peut-être que pour bien le comprendre, il faut examiner la mer en regard de l’esprit qui tantôt plane au-dessus d’elle (Genèse 1,
2), ou tantôt descend sous la forme d’une colombe sur Jésus qui émerge de l’eau du baptême (cf. l'évangile d'aujourd'hui). On retrouve encore cette colombe envoyée par Noé pour savoir si le
niveau des eaux du déluge a baissé, et bien sûr, on la retrouve figurée par Jonas (je sais, c’est une figure à tiroirs) qui plonge dans la mer déchainée. La colombe, figure de l’Esprit, se
distingue des mayim (les eaux) comme le ciel se distingue de la terre. Tout simplement parce que la colombe figure plus précisément la vie spirituelle (dans le monde intelligible) tandis
que les eaux figurent la vie dans le monde sensible. Et la rencontre de ces deux vies, l’institution de cette rencontre telle un mariage qui ouvre sur une nouvelle forme de vie, c’est justement
le baptême.
Alors, je détaille un peu quand même, histoire de ne pas avoir torturé les saintes écritures en vain. J’ai déjà dit que la colombe, en hébreu, ça se dit Yonah, qui a donné Jonas, le nom
du prophète. La colombe, nous l’avons vu, est l’oiseau qu’envoie Noé pour voir s’il va pouvoir faire « atterrir » l'arche. Dans la loi de Moïse, qu’on retrouve tout spécialement évoquée dans
l’évangile de Luc après la naissance de Jésus, la colombe est aussi un animal qu’on sacrifie à l’occasion des rituels de purification. La plupart du temps, il est question d’offrir deux
tourterelles ou deux jeunes colombes (ben’Yonah), l’une en sacrifice expiatoire et l’autre en holocauste. Je ne vais pas te refaire en détail tous les développements auxquels cette piste
m’a conduit, particulièrement quand j’ai confronté les interprétations rabbiniques de ces rituels avec la formule célèbre de Jésus « c’est la miséricorde que je désire et non les
sacrifices », parce que la distinction entre le sacrifice expiatoire et l’holocauste sont moins dans le sujet qui m'occupe. Mais ce qu’il faut en retenir ici, c’est qu’il y a un très net
rapport dans le sacrifice de la colombe avec la miséricorde divine et l’expiation qu’elle appelle. On retrouve finalement ça dans le cantique de Jonas au terme des trois jours qu’il passe dans
les entrailles du poisson. Cette miséricorde, que les Saintes Ecritures vont jusqu’à évoquer comme le « repentir » de Dieu (dans le livre de Jonas) est aussi l’arrière-fond du déluge et de
l’alliance avec Noé, lorsque Dieu semble comme se repentir de ce si sévère châtiment. Quand on y pense, c’en est d’ailleurs profondément émouvant.
Un autre élément de clarification de cette symbolique de la colombe se retrouve chez Isaïe. Quelle n’a pas été ma surprise quand, parmi les nombreuses références à Yonah dans la Bible,
j’y ai lu le prophète évoquant les « gémissements » de la colombe, dans la traduction de la Bible de Jérusalem notamment. Je ne sais pas pour toi, mais pour moi une colombe ça roucoule,
et imaginer une colombe qui gémit me demande un petit effort d’imagination. Dans la traduction du Rabbinat en Isaïe 38, 14 on
s’est d’ailleurs fendu de cette précision, en ajoutant au « gémissement » le « roucoulement », ce qui tend selon moi à noyer un peu le poisson. Isaïe 59, 11 ne laisse en revanche aucun doute. C’est qu’en fait de gémissements, nous avons la même racine hébraïque utilisée dans les
deux versets, hagah, qui évoque le murmure d’une pensée intérieure, une méditation. Et finalement, on se rend vite compte quand on rapproche la colombe de sa symbolique, que la meilleure
interprétation de ce « gémissement de la colombe » dans Isaïe, c’est Saint Paul qui nous la donne, en Romains 8, 26 : L'Esprit lui-même intervient pour nous par des cris inexprimables.
Voilà ce que sont les « gémissements » de la colombe d’Isaïe, et qui nous ramènent à l’Esprit. L’allusion de Paul est claire et sans bavure.
Revenons à Jonas. Le prophète est donc une figure… de la figure… de l’Esprit. Et le Seigneur ne choisis pas ses serviteurs au hasard. Autrement dit, regardons pourquoi ce même Jonas était fils
d’Aminataï, qui signifie « véridique » : un esprit engendré de la vérité, un esprit vrai… Dans un autre genre, quand Jésus appelle le primat des apôtres du Christ, premier des papes, Simon
Pierre, il le nomme non seulement Pierre (et sur cette pierre je batirai mon Eglise), mais également quand il confessera que Jésus est le messie, le fils du Dieu vivant : « Heureux es-tu,
Simon fils de Jonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Ce fils de Jonas donné par Jésus, on ne sait en réalité s'il s'agit
de l'ascendance véritable de Simon, puisque subsiste un doute dans l'évangile de Jean, pour lequel on trouve parfois, y compris dans de très anciennes versions grecques et chez certains Pères de
l'Eglise, un Simon, fils de Jean (qui n'a pas la même signification). Mais ce que l'on sait, c'est que Jésus l'appelle ainsi quand Simon fait sa confession, et que cet héritage est
explicité comme le disposant à recevoir une révélation du Père des cieux.
Mais revenons à Jonas, j’ai dit ! L’aventure de Jonas avec la tempête en mer et sa prière offerte en reconnaissance de la miséricorde divine, au bout de trois jours dans les entrailles du
poisson, est comme un zoom sur ce qu’est au fond la vie sacramentelle. La vie de l’esprit, dont toi, moi et tous les enfants de Dieu sommes dotés, est comme Jonas : récalcitrante, détournée de sa
vocation, elle engendre le chaos. Il faut d'abord qu’elle s’incarne dans la vie d’ici-bas, dans le monde sensible. Il y a donc d’abord une sorte d’unité à trouver entre la vie intérieure, du
domaine intelligible, et la vie sensible. C’est la condition de la paix. Et d’ailleurs, si tu relis bien Jonas, tu trouveras presque mot pour mot, décrit l’épisode de la tempête apaisée dans les
évangiles : Jésus qui dort dans le bateau pendant la tempête, avec ses disciples qui paniquent et l’interpellent vivement. Jonas aussi dort pendant la tempête dans le bateau qui menace de se
briser, et les marins paniqués l’obligent à se bouger le derrière. Jésus se lève et interpelle la tempête, qui s’apaise aussitôt. Jonas, lui, plonge dans la mer et la tempête se calme. La vie
intérieure, pleinement harmonieuse en Jésus mais corrompue en Jonas, doit pénétrer et féconder la vie charnelle pour que l’arche (une figure de la raison, mais c’est un peu long à expliquer) dans
laquelle nous sommes embarqués, depuis que Noé est descendu de la sienne, puisse voguer dans la paix. Voilà seulement, à mon avis, en quoi la colombe peut être considérée comme un signe de paix.
La tempête est d’autant plus importante dans la vie sacramentelle que si le premier apôtre, Simon Pierre, est fils de la colombe, les deux autres colonnes de l’Eglise que sont Jacques et Jean,
sont appelés de la même manière les fils du tonnerre. Nous voyons bien que nous sommes là au cœur de ce qui fonde l’Eglise, la fameuse barque de Pierre.
Mais ce n’est pas tout. Ce récit évangélique de la tempête apaisée, qu’on trouve en Marc
4, 36 et en Mathieu 8, 24, est signifiant à bien des égards. Il commence par
cette injonction de Jésus : passons sur l’autre rive. Ce qui, a priori, tout seul comme ça, ne veut strictement rien dire. Sauf si le seul fait de changer de rive a de l’importance.
Trouver un autre rivage, c’est une conversion. Particulièrement quand il s’agit pour les disciples de Jésus de débouler chez les païens (les Gadaréniens),
comme Jonas qui fuyait sa mission dans la capitale du monde païen, puis qui est finalement vomi par le poisson sur une rive, en direction de celle-ci. Il y a une conversion. Une vie qui change de
direction. En recoupant ces deux récits, nous pouvons voir en détail tout ce que la descente de la colombe implique dans notre vie. « Hommes de peu de foi », dit Jésus à ses disciples
dans la tempête. Jonas lui a prié : « Quand mon âme, dans mon sein, allait défaillir, je me suis ressouvenu de l'Eternel, et ma prière a monté vers toi, vers ton sanctuaire auguste. »
(ou « dans ton temple saint » selon les traductions). Tandis que la colombe/Jonas pénètre dans les entrailles du poisson (il faudrait faire un autre billet sur la symbolique du poisson –
premier symbole des chrétiens, avant la croix) au fond de la mer, la prière de Jonas pénètre dans le temple Saint. Ce temple, je suis un peu obligé de le rappeler, c’est le corps. C’est du moins
ce que nous enseignera Jésus dans l’évangile de Jean, et que confirmera Saint Paul : le corps est le temple de l’Esprit. La prière peut alors être comprise, grâce au livre de Jonas, comme une
mise en acte élémentaire, sous l'action de la grâce, des cris inexprimables de l’Esprit en nous, lesquels cris rejoignent ainsi le corps. Ce que dit Saint Paul quand il parle de ces cris
inexprimables qui viennent à notre secours, parce que nous ne savons pas prier comme il faut. La prière se fait mariage de l’esprit et du corps. Ce sera aussi l’une des fonctions de la liturgie.
Revenons au sacrement lui-même. Car il reste que le fameux « signe de Jonas », dont parle Jésus à cette génération infidèle et méchante qui demande un signe, ressemble quand même bien à ce que
nous connaissons de la mort et de la résurrection de Jésus. Mais précisément ! C’est là tout le sens du baptême. Etre « signe » de la vie éternelle. Quand nous disons que par le baptême nous
sommes plongés dans la mort et la résurrection du Seigneur, c’est ma petite colombe, ma parfaite, ma bien-aimée, qui épouse ma vie charnelle, et qui lui donne un sens. Ma vie ici-bas, cette mer
déchainée, peut enfin s’apaiser : je suis converti, baptisé, et je peux enfin ressusciter. Car la résurrection n’est, finalement, ni plus ni moins que ce que nous promet le baptême.
Sur un plan plus eschatologique, il nous faut aussi regarder cette histoire des trois jours. Le prophète Osée nous dit ceci, qui évoque tout autant Jonas que la vie de l’humanité depuis la chute
d’Adam jusqu’à la résurrection du Christ :
« 1 Allons, retournons à l'Eternel, car a-t-il déchiré, il nous guérira aussi, a-t-il frappé, il pansera nos blessures! 2 [Déjà] au bout de deux jours il nous aura rendu la vie; le troisième jour
il nous aura relevés, pour que nous subsistions devant lui. 3 Tâchons de connaître, hâtons-nous de connaître l'Eternel: son apparition est certaine comme celle de l'aurore, il vient à nous comme
la pluie, comme la pluie d'arrière-saison qui abreuve la terre. » (Osée 6, 1-4)
La vie de l’humanité déchue semble se décliner en trois jours. Plus exactement, si on en croit les prophéties de Daniel ou encore l’Apocalypse de Jean, en 3 temps et demi. Un temps, deux temps et
un demi-temps. 42 mois. 1260 jours. C’est la structure du monde temporel qui nous est ainsi décrite. Le temps étant une succession d’instants, tout instant est d’abord le suivant d’un autre. Sauf
un : le premier de la création du temps. Ce « premier temps » est bibliquement représenté par l’avant-Déluge : les Ecritures et Jésus lui-même utilisent souvent cette allusion « comme au
temps de Noé ». Le deux temps suivant évoquent la succession des instants et la cyclicité, sinon même la redondance de notre condition ici-bas. Quant au dernier demi-temps, il se distingue
des autres en ce qu’il est bien précédé d’un temps, mais ne s’achève jamais : c’est le temps de la vie éternelle. Dans la théologie chrétienne, on appelle cette structure du temps : éviternité.
Nous avons sensiblement la même structure avec les 3 jours de Jonas et de Jésus. Cette condition humaine, elle est d’abord une descente aux enfers, une chute, un plongeon. C'est le premier jour.
Le second jour est un retour à la vie – et le prophète Osée nous permet de retrouver cette redondance, ou cette multiplicité des temps que comporte ce retour à la vie en précisant : au bout
de deux jours. Le troisième temps marque finalement le salut et l’entrée dans la vie éternelle. Si ces trois jours et ces trois nuits semblent présenter une figure moins achevée que les 1260
jours de l’apocalypse (1 année, 2 années et une demi-année, de 360 jour chacune), c’est uniquement parce que nous ne sommes pas sur le même plan. Avec Daniel ou l’Apocalypse, nous sommes sur le
plan métaphysique de l’eschatologie chrétienne. Avec les 3 jours de Jonas et de Jésus, nous sommes sur le plan moral de cette eschatologie – du point de vue de l’homme, en quelques sortes.
Bref, tout ça pour dire que nous sommes ici, toi et moi, dans le ventre du poisson. Il nous faut nous convertir, pour être ensuite ramenés à la vie par le Seigneur. Fin de l'histoire.
Tout ça pour ça ??? Oui, je sais, cela te parait simple finalement. Pas besoin d’en faire des caisses d’herméneutique. Mais ce qui te parait simple parce qu’on t’as sans doute rabâché les
oreilles avec pendant la messe ou les cours de caté, n’est pas pour autant limpide pour l’intelligence, même catéchisée. Et d'ailleurs, Jésus devra l’expliquer à l’un des hommes les plus
intelligents de son temps, présenté comme « le maître d’Israël », je veux parler bien sur de Nicodème. Nul ne peut entrer dans le royaume des cieux à moins de renaitre de l’eau et de l’esprit
! Si ce n’était pas évident pour Nicodème, comment cela le serait-il pour nous ? Alors laisse-moi te le redire : renaitre de l’eau et de l’esprit. Comment cela est-il possible sinon
en laissant plonger l’esprit (la colombe) dans la mort (l’eau déchainée), en écoutant ses cris inexprimables qui nous retournent par la prière vers Dieu le miséricordieux, pour qu’enfin nous
atteignions l’autre rive et que nous puissions aller porter la parole de Dieu au reste de l’humanité. Toute la vie sacramentelle est là ! Toute entière. Du baptême à la résurrection, tel est le
seul et unique sens de la vie. Et tel est le signe de Jonas.
Ce signe de Jonas est si important dans la tradition judéo-chrétienne que Jésus l’évoquera comme prototype du jugement dernier. Et le jugement est dur, pour celui qui a reçu l'appel et s'en est
détourné ! On retrouve dans sa parole sur le signe de Jonas, un complément pour l’intelligence qui fait que finalement il achèvera de présenter la vie sacramentelle sous toutes les approches
possibles. Il s’agit d’une compréhension du salut, toujours anthropologique, mais suivant une approche plus « ontologique », cette fois-ci. Jésus compare le signe de Jonas au fils de l’homme qui
doit demeurer trois jours et trois nuits dans les entrailles de la terre. Le fils de l’homme : c’est-à-dire l’homme en acte, dans la culture hébraïque. Et les entrailles de la terre, c’est-à-dire
l’homme en puissance. Ceci signifie que le salut, l’esprit qui féconde ultimement la vie de l’homme, fait passer la nature humaine de la puissance à l’acte. C’est ainsi qu’est la résurrection. Au
plan du corps, c’est ce qui transforme le corps mortel en corps glorieux. De la puissance à l’acte pur.
Et c’est donc la volonté, condition de l’acte, libre et nourrie de la grâce, qui est comme enfantée de ce mariage de la colombe et des eaux. Cette volonté qui reçoit sa vocation par le
baptême à entrer dans la miséricorde du Seigneur. De l’état informe et vide où l’esprit planait au-dessus des eaux, la colombe doit descendre, pénétrer les eaux, et alors il en émerge l’homme
ressuscité, comme sorti d’un autre sein maternel… tout cela est en puissance dans l’initiation à la vie sacramentelle, et c’est pourquoi c’est un signe : le signe de Jonas. Avec l’entrée dans le
baptême, la vie humaine devient signe pour la vie humaine. La vie prend son sens, tout simplement. Signifiée et signifiante, elle nous engage à passer pas à pas dans l’acte pur, jusqu’en devenir
la plénitude dans la vie éternelle.
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