Articles par catégories

Dimanche 6 avril 2008

Seigneur,

Je me demandais il y a quelques temps ce que pouvait signifier l'expérience d'une nuit de la foi. En effet, en dehors de ce que j'ai pu entendre des polémiques sur le recueil posthume des confessions de Mère Thérésa, je n'avais aucune idée de ce que cela pouvait bien signifier. Je préfèrerais d'ailleurs croire que je l'ignore encore.

Mais en lisant et relisant l'évangile de ce dimanche, et en en ayant fait personnellement la triste et pourtant courte expérience cette semaine, je comprends mieux ce que Tu nous dis.
 

Les disciples d'Emmaüs - Englebert Fisen (1718)
Avec les disciples d'Emmaüs, Tu nous parles d'abord d'une croyance incomplète, déformée, sur la base d'un enseignement mal compris. C'est ainsi que j'ai eu bien du mal à ressortir quelques lumières de cet obscure parole que Tu nous livres, à propos du chemin d'Emmaüs. Et je crois bien que je n'en ai pas fini avec. Pas toujours évidente à comprendre, ta Parole, Seigneur ! Pour moi en tout cas ; mais je pense aussi à tout ce que je peux lire, ces regards viciés sur la Bible, Ta Parole, ou sur l'Eglise, Ta bien-aimée.

Tout cela se prolonge inévitablement dans le désespoir. C'est ce que Tu nous apprends à propos des disciples. Et nous qui espérions qu'il serait le libérateur d'Israël ! Alors que tu es déjà ressucité, ils n'espèrent déjà plus. Car pour eux, il ne pouvait en être ainsi. Probablement, selon eux, devais-Tu conduire la libération d'Israël, comme Moïse l'a sorti d'Egypte, comme une marche victorieuse contre Rome et le paganisme. Peut-être même aurait-on du prendre les armes et étendards pour cela... C'est du moins ce que ces disciples pensaient peut-être, du fond de leur désespoir. C'est encore aujourd'hui l'intention que les sociétés bien-pensantes prêtent à ton Eglise. La quête du pouvoir, la liberté sous la forme d'un renversement de la servitude. Paradoxe ! alors même que le Moi est au centre de tout, et t'a complètement effacé de l'équation : développement personnel, quête d'identité, individualisme forcené, ...

Pour la modernité, Tu es mort Seigneur. Remercions Nietzsche et sa folie déïcide ! Au fait, je me suis toujours demandé comment il avait pris la nouvelle en arrivant là-haut, celui-là ? Pardon, ce n'est pas une moquerie, car j'ai un profond respect pour lui, et notamment pour son intelligence de génie. Mais quelle tristesse de constater ce qu'il en a fait, et quel chemin il a contribué à nous faire prendre, moutons que nous sommes. Et quelle tristesse de voir la souffrance qu'il lui en a coûté. Aujourd'hui Tu dois l'aimer énormément cet homme là, Seigneur. Je ne sais probablement pas de quoi je parle, et pardonne-moi si je dérape, je ne voudrais pas juger à ta place. Mais je crois constater que depuis son déïcide philosophique, toute notre société occidentale semble marquée du désespoir des disciples d'Emmaüs.

Ce que je retiens surtout de ce que Tu nous dis Seigneur, c'est que dans le désespoir, Tu viens à notre rencontre et Tu chemines à nos côtés. Impossible pour nos yeux aveuglés de te reconnaitre, et pourtant Tu es là et Tu nous secoues : Comme vous êtes lent à croire ! Tu nous éclaires et Tu prépares notre regard. Personnellement, j'ai passé une semaine terrible, dans la nuit sombre de l'aveuglement, Seigneur ; jusqu'à finir par me dire que Tu n'étais finalement qu'un concept auquel j'avais décidé de croire à un moment de ma vie, parce que ça devait m'arranger. Pfff... A force de relativiser notre intelligence - ce qui, je pense, part d'une bonne intention - nous finissons par relativiser l'idée même de vérité, et tout ranger dans le grand tiroir de l'illusion, y compris Toi. C'est un comble.

Heureusement que Tu viens là, à ma rencontre, pour me sortir de ma torpeur. A un moment pourtant, Tu sembles bien mort pour moi, et il n'y a aucun espoir que je me trompe à ce sujet. C'est une réalité : j'ai réfléchis intelligemment (je crois) et rien, non vraiment rien, ne peut me raccrocher à ta réalité, en tant que libérateur aimant et miséricordieux, en tant que source de mon salut. Tout comme les disciples, et tout Jérusalem avec eux, t'ont vu mourir sur la croix, c'est incontestable. A mes yeux, Tu n'es plus là pour me guider vers la libération !

Et Toi, Tu apparais là, au coeur de mon désespoir, Tu viens me chercher et m'expliquer un peu ce que je n'ai pas bien compris sur la foi. Oui il FAUT croire pour comprendre. Mais ça, il FAUT aussi que je le comprenne pour croire, et c'est pourquoi Tu viens m'expliquer. Intellego ut credam dit l'encyclique Fides et Ratio, seulement après avoir confessé, à la suite de Saint Augustin, Credo ut intellegam. Que ce soit pour croire ou pour comprendre nous avons besoin de Toi.

Bref, convaincu par tes belles paroles, pleines de bon sens - après tout, Tu fais sens dans ma vie de tous les jours - je t'invite à te joindre à moi pour la fin de ce jour obscure. Ca m'arrange, car tout ce que Tu me dis est extrèmement réconfortant. Si c'était vrai, alors ce serait magnifique...

Le Souper à Emmaüs - Velasquez (1622)
Ce dimanche, qui approche pour moi, j'irai à la messe célébrer le mystère de la résurrection, probablement en grande partie par habitude - ne nous voilons pas la face. Et Tu seras là, dans le pain rompu et le vin de l'alliance. J'ose croire que mes yeux s'ouvriront, comme ils s'ouvrent chaque dimanche un peu plus sur la réalité de ta présence. Tu cicatriseras ce malheureux et douloureux égarement vécu cette semaine (pitié, comment ai-je pu en arriver là ?). Puis tu disparaitras à nouveau à mon regard ; mais moi je garderai la trace brulante de ta présence en mon coeur, et j'irai crier sur les toits : C'est vrai ! Il est ressucité. Ce n'est pas une fable, un mythe, une image, un conte pour réconforter les enfants le soir. C'est une réalité historique qui permet de comprendre véritablement le sens de la vie dans ce qu'elle a de plus réel. Béni Sois-Tu Seigneur !

Ceci étant dit, je souhaite quand même que Tu te gardes le plus longtemps possible d'éprouver ma foi comme Tu l'as fait ces derniers jours. La nuit de la foi, ce n'est vraiment pas drôle, même quand c'est de courte durée ! En revanche, je souhaite plus que tout que Tu continues de m'accompagner moi, et les hommes qui ont ouvert un temps leur coeur à ta parole, pour qu'ils t'accueillent dans leur vie et que leurs coeurs brûlent de ta présence, afin que, même lorsque tout nous porte au désespoir, nous continuions d'avoir cette marque tangible de ta présence vivante et brulante en nos coeurs.

Amen.

Illustrations : en haut à gauche, Les disciples d'Emmaüs - Englebert Fisen (1718). En bas à droite, Le Souper à Emmaüs - Velasquez (1622).
par Pneumatis publié dans : Correspondance
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 30 mars 2008
Mon Seigneur et mon Dieu,

Ca fait drôle : je crois que c'est la première fois que je t'écris. C'est vrai, ce n'est pas un moyen d'expression que je te destine naturellement. Pourquoi ? Probablement parce que naturellement la prière est intérieure, parlée ou chantée... Après tout, il parait tellement évident que tu es là devant moi quand je prie, ou encore là en mon sein... Non ?

Non effectivement, ce n'est pas évident du tout, pas plus que tu ne lis ce que j'écris. Et prétendre le contraire serait me mentir à moi-même. Rien de tout cela n'est évident. Non, Seigneur je ne te vois pas. Je te prie, mais ne te sens pas, ne te touche pas, ne t'entends pas. Alors, comment savoir que tu es là dans ma prière ? Tu dis "Heureux ceux qui croient sans avoir vu", et je dis Amen ! Mais, quelque part au fond de moi je pense... si seulement je pouvais te voir et te toucher ! Quel croyant n'en rêve pas un tout petit peu. J'ai l'impression, avec toi Seigneur, de vivre de ces amours à distance où l'on s'envoi des lettres mais ne s'enlace jamais, où l'on se parle de choses que l'on ferait... si on était ensemble.

Le doute de Thomas - Le Caravage
Explique-moi, mon Seigneur, quelle est cette béatitude que Tu nous donne et qui est si improbable ! Heureux ceux qui croient sans avoir vu... J'ai envie de crier de toutes mes forces : Non !!! Heureux ceux qui ont vu ! Heureux les disciples d'Emmaüs ! Heureux ceux-là pour qui tu as rompu le pain et dont tu as ouvert l'esprit à l'intelligence des Ecritures ! Heureux, surtout, Thomas, dont tu laissas mettre le doigt sur tes plaies et la main dans ton côté ! Heureux enfin ceux qui te verront monter aux cieux et revenir dans la gloire...

Suis-je mécréant, Seigneur, parce que je veux voir ? Suis-je endurci parce que je veux toucher ? Probablement oui, car cela signifie que je suis trop attaché aux choses de ce monde. Probablement trop attaché à la valeur du sensible, c'est ce que je dois en comprendre. Pourtant j'ai confiance en Toi, Seigneur : je ne vois pas les marques des clous, mais je les sais indispensable à notre salut. Je ne vois pas ton corps glorieux, mais je ne peux douter qu'il soit justement ce salut.

Mais tout de même, je ne comprends pas ! S'il convient de ne pas avoir vu, pourquoi es-Tu apparu à tes disciples ? Pourquoi, si on est heureux de croire ainsi, t'es-Tu manifesté ? Ne voulais-Tu pas que tes disciples soient heureux ? ou furent-ils juste l'exception qui confirme la règle ? Ca ne tient pas debout !

Franchement j'aime bien ton disciple Thomas, parce qu'à lui seul il porte tout le fardeau de l'incrédulité du monde. Tout ça parce qu'il est arrivé un peu après la bataille. Car en réalité, pas un seul de tes disciples n'a cru la magdaléene quand elle est revenue en courant du tombeau. Alors, dis-moi Seigneur, qu'as-Tu voulu nous dire exactement de cette huitaine qui s'écoule avant que Tu ne laisses le jumeau toucher tes plaies ? Pourquoi as-tu attendu huit jours ? J'ai mille questions à Te poser, et donc beaucoup trop pour aujourd'hui. Mais crois-moi, je veux tout saisir de Ta parole.

Crois-Tu que ce soit aussi exigeant que la volonté de Thomas ? Trop audacieux, comme la demande des fils de Zébédée, qui voulaient siéger prêt de Toi ? Je me demande soudain si il n'y aurait pas dans la demande de Thomas quelque chose d'aussi important que dans cette requête de Jacques et Jean ; quelque chose comme de partager la coupe de ton sacrifice. Est-ce ça que cela signifie Seigneur, toucher tes plaies ? Est-ce les prendre sur soi et partager ta passion ? "Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui !" osait ce même Thomas pour ressuciter avec Lazare. Ne serait-ce pas tout simplement folie pour les hommes que de vouloir toucher les plaies pour croire ! Folie que seul l'audace de Thomas risquerait...

En fait, je retiens surtout une chose de ce que Tu nous apprends avec Thomas. Comme l'a dit ton cher serviteur, notre Pape Benoit XVI (dans son audience générale du 27/09/2006) : "Thomas pense que les signes qualifiant l'identité de Jésus sont désormais surtout les plaies, par lesquelles se révèle à quel point il nous a aimés. En cela l'apôtre ne se trompe pas".

L’Incrédulité de saint Thomas - Rembrandt
Vois-tu si nous discutions autrement que par écrit, je crois qu'il y aurait eu un blanc à cet instant... car je réalise soudain que je ne sais pas ce que je demande quand je Te dis Je veux toucher. Peut-être finalement ne suis-je pas si malheureux de croire sans avoir vu. Peut-être est-ce la condition d'un amour paisible, pour lequel je n'aurai pas à subir torture, souffrances et martyr. Car en y réfléchissant, tes disciples n'ont connu que persécutions à ta suite. Alors peut-être cette béatitude Heureux ceux qui croient sans avoir vu, qui n'a de sens qu'après ta résurrection, est-elle un contre-pied à celle de Ton sermon sur la montagne Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Ainsi tu laisses, sans rien leur promettre de plus, à tous tes croyants pêcheurs et vulnérables comme moi, un espoir de salut, par-delà même le scandale de la croix.

Ainsi je suis heureux comme les disciples si Tu m'invite de toi-même à porter un peu de ta croix ; mais heureux serais-je quoiqu'il arrive si je n'ai pas à souffrir la réalité de tes plaies. Si je ne peux assumer le signe des clous et toucher ta souffrance, intolérable pour les sens, je dois m'estimer heureux de pouvoir encore professer ma foi malgré tout. Mon Seigneur et mon Dieu ! oui je crois, et m'en remets à toi.

Saint Augustin disait de Thomas qu'il "voyait et touchait l'homme, mais il confessait sa foi en Dieu, qu'il ne voyait pas et ne touchait pas". Alors vois-Tu, je ne suis pas Thomas, mais je peux t'écrire, je peux librement te parler ou même chanter pour Toi. Je peux me taire aussi et Te contempler. Mes yeux ne Te voient pas, mes mains ne Te touchent pas, mais je crois librement que Tu es là, mort et ressucité pour moi.

Amen.

Illustrations : en haut à gauche, Le doute de Thomas - Le Caravage (1602-1603). En bas à droite, L'incrédulité de Saint Thomas - Rembrandt (1634).
par Pneumatis publié dans : Correspondance
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 24 mars 2008
Salut !

Au commencement de ce journal, il me faut en introduire l'Esprit et la Lettre. Ne laissons plus attendre les mots dont l'abîme est recouvert des ténèbres d'une pensée informe et vide, et investissons dès maintenant le langage d'un esprit qui veut prendre chair.

Fiat lux ! J'ouvre ce journal et j'explique un peu pourquoi. D'abord j'aime écrire. Mais puisque cette motivation ne suffit qu'à Un seul, cela ne saurait être pour moi une raison suffisante. L'autre raison donc est que l'écriture me permet de réfléchir. Les longs dialogues de moi-même à moi-même, que de pâles considérations oseraient traiter de monologues, sont le moteur de ma pensée. Tout est comme si mes idées devaient plonger dans la terre du langage, grandir peu à peu nourries d'eau et de lumière, puis accrocher leurs branches dans l'infini du ciel (à l'image des racines prises en terre), pour enfin donner du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. C'est ainsi, en tout cas que je conçois la spiritualité quand elle est fertile.

Alors voilà, ce journal se voudra résolument religieux. Pourquoi ? Parce que j'écris pour m'aider à penser, et que je ne pense que pour comprendre ce que je suis, et vivre ce que je comprends. Or il y a bien longtemps que le champs d'investigation que projette la question du "qui suis-je" a débordé chez moi le seul domaine de la philosophie. A la source même de la raison qui la sert, pour moi il y a la foi, qui dès qu'elle s'impose, impose avec elle une relation vivante à Dieu. C'est ici que la religion entre en jeu. Car dans ce blog j'espère voir rien de moins qu'un prolongement de cette relation, une manifestation de ma foi.

J'espère pouvoir faire de ce journal une correspondance avec Dieu, une prière continuelle, comme de ces échanges entre amis qui prennent du temps pour apprendre à se connaître. J'ai déjà d'autres instants, dans l'intimité de la prière, ceux où l'on s'assoit aux côtés de l'Ami, sans un mot, pour partager la simple joie d'être. Je veux maintenant formaliser, partager et pouvoir relire ces moments où je questionne l'Ami, je l'appelle au secours, je le remercie ou me révolte contre Lui. Car mon quotidien fourmille de questions, de problèmes et de remises en causes qui peuvent chacun être riches d'un nouvel enseignement de la part de Dieu.

Je suis chrétien, membre de la Sainte Eglise Catholique et cela est loin de répondre à toutes les questions que je me pose, ni plus qu'à me définir (pour ceux qui sont tentés de s'arrêter à ça). Loin d'être une fin c'est d'abord un commencement. Dans des articles ultérieurs, où je m'adresserai désormais à Dieu comme à mon correspondant, je me présenterai peut-être un peu plus. Cela parait en effet incontournable quand on veut répondre à "qui suis-je". Mais en attendant, je me devais de donner la lettre et l'esprit de ce que sera ce journal : mon dialogue intérieur avec Dieu dans un français lettré que j'espère au moins syntaxiquement correct.

On pensera peut-être que ceci ne saurait suffire à un journal public. Tout au plus serait-ce suffisant pour un journal intime. Mais voilà que nous venons de fêter hier la joie de Paques. Pour nous chrétiens, c'est la résurrection du Seigneur, qui nous envoi maintenant témoigner au monde de l'heureux dénouement de sa parole, et annoncer sa bonne nouvelle. J'espère orgueilleusement que ce dialogue intérieur avec Dieu projeté par écrit sera un peu résurrection pour moi-même, mais plus encore, peut-être aussi pour d'autres lecteurs et contributeurs. Car me voici donc, moi humble chrétien, avec la joyeuse mission de témoigner de ce que j'ai vu et entendu et de crier au monde : Il est vraiment ressuscité ! Et quel espace idéal que le web, pour aller par toute la terre !

Alors c'est parti, allons-y et prions pour que cela nous conduise quelque part.
par Pneumatis publié dans : Manifeste
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus